Patrick Gonzales ou le parcours atypique d'un éleveur passionné


Eleveur professionnel de chiens, juge pour pigeons de race, Président du Club Français des Pigeons d'Origine Italienne, Président du Club Français du Cravaté Italien, aquariophile passionné. Patrick Gonzales a tout à fait le profil de la plupart des membres de la Fédération ProNaturA France : un passionné de plusieurs espèces d'animaux, pour ne pas dire des animaux en général.

- A quel âge t'est venue la passion des animaux et avec quel(s) animal (aux) ?
Est-ce que quelqu'un de ta famille élevait déjà des animaux de races ou es-tu le premier ?

- Personne dans la famille n'a élevé quoi que ce soit ! En fait dès tout petit mes parents avaient observé mon intérêt pour les animaux. J'ai eu de 4 à 8ans une maladie des hanches, qui m'a obligé à rester couché 24/24h, et de nager avant de remarcher. Donc là et sur ensuite une vie assez « sage » les quelques années suivantes, les animaux était un centre d'occupation intéressant. J'ai donc eu, à cette époque, mes premiers animaux : poissons rouges, mandarins, un hamster « Totor » et tous les ans, à Pâques, 2 poussins, ou cannetons, qui, une fois ado, rejoignaient le poulailler d'amis de mes parents... Vers 9/10 ans quand mes parents et moi allions passer des dimanches chez ces amis, je passais des heures devant le grillage de leur grand poulailler, et observais les poules, pas mal avaient été poussins chez moi, et surtout la dizaine de pigeons, et leur comportement passionnant entre eux. Nous habitions en appartement, et alors, vers 11ans, j'ai eu mes premiers aquariums, et poissons exotiques, bien sur les classiques : Danio rerio, platy, guppys, scalaires, corydoras, etc ... et très vite leur reproduction m'a passionnée. Au point d'avoir aménagé une pièce avec pleins de petits bacs, ça faisait gloup gloup de partout, je reproduisais des guppys, des danios, des colisas, des barbus, des platys, des black molly, des tanichtys, des combattants et je faisais des échanges avec différents magasins, en bon d'achat, matériel, aliments, etc... Ce qui permettait, même si je me faisais un peu arnaquer, de pratiquer cette passion sans que cela coute, ou peu, à mes parents... j'élevais aussi quelques hamsters angoras, et là aussi ma production « envahissante » rejoignait une animalerie voisine. Tout cela fin des années 70, où par bonheur les animaleries étaient spécialisées, pointues souvent pour les compétences des gérants passionnés.

Triganino bleu écaillé bronze (Ph. J.E. Eglin)
Triganino bleu écaillé bronze (Ph. J.E. Eglin)
- Comment as-tu démarré l'élevage des pigeons de races ?

- Vers mes 13 ans, mes parents ont acheté une maison, avec jardin à Cagnes-sur-Mer (entre Nice, où je suis né, et Antibes). A peine installés mon père et moi avons bricolé une petite volière dans un coin du jardin, pour y installer quelques pigeons qui me passionnaient. Mon père, chauffeur livreur, avait vu dans une épicerie qu'il livrait, une petite annonce de vente de pigeons de race... et pour mon anniversaire il revenait avec un couple de mondain rouge et un de texan. La personne nous ayant vendu les pigeons avait invité mon père à revenir avec moi pour que je puisse avoir ses conseils, visiter l'élevage. Et bien la semaine suivante ce fut fait : il s'agissait de M. Bianchimani, grand éleveur de Mondains, et passionné. Il m'expliqua plein de choses, les bases de la sélection, et en partant il nous offrit une invitation pour l'expo internationale d'Antibes, qui se déroulait une dizaine de jours plus tard... Nous y sommes allé, et là : coup de foudre devant toutes les races, les variétés, la passion de beaucoup d'éleveurs parlant de leurs sélections vraiment basées sur le plaisir, car les quelques pigeons qu'ils vendaient ne participaient que très partiellement à leurs frais d'élevage. Donc dès que possible mon père m'accompagnait chez M. Bianchimani, qui m'appris beaucoup, m'expliqua que si je voulais me lancer dans la sélection, il fallait commencer avec des sujets top, et il m'aida à me procurer en Italie de supers texans. En 4/5 ans, je remportais par exemple le prix d'élevage au championnat de France de la race, et de pas mal d'expos, et d'autres Grands prix aussi avec des Cravatés Italiens, qui très vite devinrent ma deuxième race, puis le triganino la 3ème ...

- Tu es devenu juge, pourquoi et comment ?

- C'est simple je suis un passionné, j'élevais, j'étais devenu commissaire général de l'Expo internationale d'Antibes, en poussant un peu le bouchon, encouragé par mes parrains du milieu (avicole, pas de confusion, car pour des marseillais !!) Robert Ripaldi et Denis Colmars, j'entamais la formation. A 28 ans je devenais juge « allround ». Juger permet de s'investir à son niveau dans la sélection, en essayant d'être pédagogue, et de partager un moment privilégié aussi avec les organisateurs d'expo, les éleveurs, les clubs, les collègues juges.

- Tu as un nom à consonance espagnole, mais tu élèves des pigeons d'origine italienne. Peux-tu nous raconter pourquoi une attirance pour les races italiennes ?

- C'est plus compliqué, du côté de mon père, grand père espagnol et grand-mère Sicilienne ... et voilà le pourquoi !! Non je plaisante. Et vendéen du coté de ma mère ! En fait je suis donc né à Nice, et j'ai grandi proche de l'Italie, dès mes débuts j'allais dans des expos italiennes et visitais des élevages. De plus, de nombreux éleveurs italiens exposaient à notre Exposition d'Antibes Juan les pins... Et donc dès le commencement j'ai pu côtoyer les races italiennes que l'on ne voyait quasiment pas ailleurs en France.

- Comment as-tu eu l'envie de créer les deux clubs ? Peux-tu nous détailler un peu comment se sont créés et ont évolué les deux clubs ?

- Pendant des années j'ai été vice-président du Club Français des Cravatés, délégué aux races européennes. Le Cravaté Italien connaissait déjà des soucis d'interprétation de standard avec les éleveurs allemands, difficile de faire avancer les choses dans un club qui s'occupaient d'une trentaine de races. Comme beaucoup de gens me demandaient lors des jugements, expos ou autre des conseils, des importations de sujets de races Italiennes, une demande, une envie existait. J'élevais aussi des triganini, j'avais commencé à en « répandre » en France, et donc certains des pionniers de la race attendaient aussi quelque chose pouvant les regrouper. Comme certains éleveurs élevaient plusieurs races italiennes, le projet de club pour les 6 races Italiennes a été mis en place. Pour simplifier les choses vis-à-vis du club des cravatés, il a été décidé de créer un club aussi pour le Cravaté Italien (CFPCI) et un le CFPOI pour les Triganini, Romagnols, Piacentini, Bergamasque et Sottobanca Italien. Comme pas mal de membres élevaient des races des deux clubs, ceux-ci sont restés « cousins » partageant le même bulletin, etc. organisant ses Championnats de France ensemble également.

- Tu as également créé le forum du Club Français des Pigeons d'Origine Italienne qui connaît un énorme succès avec plusieurs centaines de milliers de messages postés. Les débutants y trouvent une aide de tous les instants. Les éleveurs chevronnés sont également accrocs. Chacun semble y trouver ce qu'il recherche. Peux-tu nous dire ce qui explique cet immense succès ?

- En effet ce forum est une vraie satisfaction, pour tout ce que tu viens de dire, mais surtout parce que de nombreuses amitiés sont nées grâce à lui. Des gens ont sympathisé sur le forum, et ont ensuite, en live, créé de vrais amitiés, et ça c'est super ! Au départ j'avais créé ce forum pour centraliser des infos pour les CFPOI et CFPCI, mais aussi pour tous les passionnés. Pour aider les débutants, leur permettre de gagner du temps, et de débarquer en expo sans être complètement inconnus, et très vite pouvoir lier contact sur place, avec des gens connus virtuellement. Cela a très vite fonctionné. La ligne d'état d'esprit que je voulais insuffler sur le forum, devait être un peu ce qui se passe au comptoir d'une buvette d'expo, on y parle élevage, sélection, mais aussi on y rigole, parle de sport, de tout et de rien. Cela m'a d'ailleurs été reproché, parce que très souvent les sujets partent à la rigolade, deviennent parfois un

Triganino bleu barré réduit (Ph. J.E. Eglin)
Triganino bleu barré réduit (Ph. J.E. Eglin)
peu « graveleux » même..., quelques prises de « becs » aussi parfois, comme dans la vie, au comptoir d'une buvette d'expo. Et j'ai donc, avec les amis modérateurs, laissé le plus possible vivre les choses, orientant juste parfois, faisant confiance à l'esprit « forum », sanctionnant juste quand nécessaire à mes yeux. Donc des amitiés se sont formées, les débutants ont tous les renseignements possibles, et je pense qu'en génétique, nous avons le catalogue de variétés, couleurs, le plus complet possible...

- Est-ce qu'il y a déjà eu des visites ou des échanges avec les éleveurs italiens ? Peux-tu nous en dire plus ?

La SAM, ma société locale était jumelée avec la Société Avicole de Ravenne ; donc quasiment tous les ans des éleveurs venaient en visite chez nous, et nous leur rendions cette visite, que ce soit l'été ou pour des expos avicoles. Donc, très vite, les contacts avec les éleveurs, clubs italiens ont été facilités... et, régulièrement, des importations d'Italie ont été réalisées. Des éleveurs Italiens comme Giuseppe Bulzamini, Léo Landi, Adriano Dalco, m'ont et nous ont beaucoup aidé pour les premières importations, dans les 6 races, destinées aux membres de nos clubs français.

- Est-ce que tu élèves d'autres races de pigeons ou est-ce que tu as une attirance pour certaines races ?

J'aime les pigeons, et leur sélection, donc évidemment j'ai mes préférences. Mais j'aimerais tous les élever ... j'ai toujours élevé plusieurs races simultanément, 4 ou 5, les cravatés italiens et Triganini quasiment de manière ininterrompue depuis toujours, donc plus de 30 ans. et oui !! Et d'autres races pendant quelques années. Pour le plaisir, et en tant que juge, pour espérer mieux connaitre les races, les voir tous les jours, savoir les manipuler, connaitre leur meilleure posture, connaitre aussi par leur élevage les points difficiles ou faciles à corriger, et donc ainsi savoir en jugement donner plus ou moins d'importance à un défaut ou une qualité. Évidement, il ne faut pas que ça, pour devenir un juge « spécialiste » d'une race, mais cela aidera pour au moins espérer la juger correctement. Actuellement j'élève donc des Triganini, Cravatés Italiens, Bergamasques, Brunner dominicain. J'ai élevé à part des Texans à peu près pendant une dizaine d'années, et des Modènes anglais pendant la même période. Pendant 3 ou 4 ans j'ai eu des Mondains, Florentins, Maltais, Cravatés Chinois, Turbits, Cravatés Hollandais, Fantails, Queue de paons Indiens, Capucins, Sotto français, King, Bouvreuils dorés manteaux blanc, Bouvreuils cuivre manteau noir, Sottobanca Italiens, Piacentini, Culbutant Long Face, Culbutant hollandais, Gaditanos, Norwich, ...

- Quelles ont été tes plus belles récompenses ?

- Ayant beaucoup moins de temps aussi, et depuis que je suis juge j'expose beaucoup moins, car pour moi difficile de faire les deux. Avec mes nombreux déplacements, participer et apporter mes animaux dans une expo où je ne juge pas est compliqué. Quand je juge, c'est déontologiquement difficile à mes yeux, car soit lors des commissions de grand prix, on retire ses pigeons des choix et c'est sportivement frustrant, soit on se retire en tant que juge de la commission, et c'est frustrant aussi en tant que juge. Ensuite j'ai eu aussi une diminution de mon élevage suite à mon déménagement il y a 7 ans et mon installation dans mon activité. Puis depuis 4 ans de gros soucis de prédation. Mais pour en revenir au palmarès, de nombreux GPH, Grand prix d'expo, Grand prix d'élevage, en France et en Italie, Espagne, des titres de champions de France en Texan, Cravatés Italiens, Triganini, Cravatés Chinois, Cravaté Hollandais, Florentins...

Triganino réduit grison (Ph. J.E. Eglin)
Triganino réduit grison (Ph. J.E. Eglin)
- Fais-tu des voyages dans des expositions ou des élevages à l'étranger ? Peux-tu nous relater tes meilleurs souvenirs ?

- Depuis une dizaine d'années je ne peux plus m'absenter facilement avec l'élevage, je ne peux plus donc faire ces déplacements étrangers, et je refuse malheureusement même des invitations de jugements de championnats étrangers ou européens, en Italie, Allemagne, Suisse, etc. C'est dommage, mais l'on ne peut pas tout faire ... bien. Il faut donc faire des choix. Mais je me suis souvent déplacé à l'étranger pour visiter et/ou participer à des expos, et faire des visites d'élevages en même temps que les expos, ou uniquement pour des visites d'élevages. Des meilleurs souvenirs j'en ai pas mal, mais comme ça j'en donnerai 3 :
* En 89 je crois, avec mon ex, qui parlait italien couramment, un déplacement à Vincenza pour le championnat d'Italie du Texan. Bien sur la visite de l'expo, les retrouvailles avec des éleveurs, mais surtout cette expo se déroulait en février et à 1h de Venise, nous avons avec ma fiancée, passé 3 jours, notre premier séjour sur Venise et en plein Carnaval, donc un excellent souvenir personnel, couplé à un bon souvenir colombicole.

* Dans le début des années 90, quand j'étais élève juge, j'étais allé en train avec Robert Ripaldi à Haguenau, et sur place l'ami Dominique Harman nous avait emmené le lendemain du jugement, visiter, en Allemagne, un centre d'élevage, regroupant une vingtaine d'éleveurs de pigeons. Avec des installations magnifiques, entretenues, un club house accueillant et sympathique. La passion et la qualité dégoulinait de partout ! Au retour, visite du magnifique élevage (installations et animaux) d'un excellent éleveur de Papillotés de Bohème qui m'expliqua le procédé, me montrant ses plans de toilettage « sur papiers » ... Là, de la technique et de la passion.

En 95 je crois, avec une dizaine de membres de ma société, nous sommes allé passer 3 jours à l'expo de Nuremberg, avec cette année-là 75 000 pigeons et poules ! je rentrais le matin dans l'expo à l'ouverture, je ne mangeais pas et me faisais virer par les organisateurs à la fermeture le soir à 19h, et ça 3 jours. Malheureusement je n'ai pas pu tout admirer... là j'en ai pris plein les yeux, et pour mes 3 « casquettes » :
* pour le passionné de pigeons bien sûr ;
* en tant que commissaire général d'une expo de 2/2500 sujets ;
* sur l'organisation, son fonctionnement, etc ...
En tant que juge j'ai pu voir des races dans de nombreuses variétés, et sur des centaines de sujets, que jusque-là je n'avais souvent vu que sur mon standard... Donc un régal des yeux, et beaucoup de choses apprises ... Vous le croirez ou pas, il m'arrive 20 ans plus tard, de temps en temps, de me revoir dans les allées de cette « Kolossale et wunderbach » expo !

Discus (Ph. Robert Allgayer)
Discus (Ph. Robert Allgayer)
- Tu as également été un aquariophile passionné. Quelles espèces de poissons as-tu élevé ?
J'ai crû comprendre que tu en avais même fait ton métier. Tu as eu un magasin. Peux-tu nous en dire plus ?
De quels clubs aquariophiles as-tu fait ou fais-tu partie ?
Quels sont tes meilleurs souvenirs en aquariophilie ?

- Comme dit, dans mon enfance l'aquariophilie, et surtout la repro du poisson, était une passion, j'ai ensuite diminué pour passer à autre chose : le sport ; les pigeons, mais j'ai toujours eu au moins un aquarium d'ensemble chez moi (soit sud-américain, soit marin invertébrés souvent). Vers 22 ans, travaillant dans l'immobilier en parallèle à mon sport ; mon agence avait rentré à la vente un très ancien magasin d'aquariophilie. J'ai pris contact avec les propriétaires, et je suis devenu gérant deux ans, puis j'ai acheté le commerce, fait de gros travaux, et donc ouvert mon magasin, qui avait la spécialité de faire beaucoup d'élevage sur place, pour vendre des animaux nés sur place, pour une meilleure qualité. En effet en plus de la perte financière, recevoir des poissons dans certaines races et les voir mourir souvent à l'acclimatation était un crève-cœur. Je faisais donc de la repro, dans la partie élevage, de discus, de scalaires voiles, d'Apistogramma (nommés ainsi à l'époque) ramirezi, certains corydoras, certains characidés...
J'avais là aussi créé un club, car ils étaient rares à l'époque, mais un club là local : le club niçois d'aquariophilie. Là aussi pour aider les débutants.
Mes meilleurs souvenirs d'aquariophilie ?
je dirais ma première repro amenée à terme de Colisa lalia. Pas que ce soit difficile, mais il y a des étapes complexes dans la croissance des jeunes, il faut leur élever aussi leur nourriture vivante, très fine au départ, puis les classiques artémias .. mais surtout la fabrication du nid par le mâle, la parade et la ponte par elle-même, l'élevage des petits au début par le mâle .. tout ça est superbe. Quand on a une douzaine d'année et que l'on est passionné, ça marque ... En suite, professionnellement, quelques superbes aquariums que j'ai fabriqués sur mesure, puis entretenus notamment dans des restaurants asiatiques niçois, dont un marin de 6 000 litres. Sa conception, avec la filtration à l'étage inférieur, fut un casse-tête, mais voir le résultat, puis les clients l'admirer chaque jour fut une belle satisfaction.

- Quel a été ton parcours car tu as eu aussi une carrière sportive ?

Effectivement une fois mes soucis de santé « passés » je me suis mis au tennis de table à 13 ans. J'ai très vite mis les bouchées doubles, et suis arrivé à un niveau national, mais mes débuts tardifs pour le très haut niveau me limitaient. J'ai très vite (à partir de 17 ans) parallèlement au lycée, commencé à passer des diplômes d'entraineurs, et entrainer. A 23 ans j'étais capitaine, entraineur, joueur de notre équipe première. J'ai eu des propositions de clubs pour jouer à plus haut niveau, mais j'ai toujours refusé pour ne pas laisser tomber mon club, et surtout j'avais l'espoir d'arriver à ce niveau avec « mon » club, et avec des joueurs formés. Et ceci s'est passé puisque nous sommes arrivés en Nationale 2, avec, sur 6 joueurs que forme une équipe, 4 formés par moi. J'étais aussi joueur, et entraineur. Donc une très belle satisfaction sportive et aventure humaine, avec des gens qui sont restés des amis, même si un peu perdus de vue depuis. Mais quand on se revoit comme cet été avec quelques-uns ici, c'était comme si on jouait encore hier, c'est la chance d'avoir vécu des efforts, de fortes sensations, et de beaux fou-rire ensemble. Et la cerise sur le gâteau de ma carrière de coach, a été d'avoir été le premier entraineur d'un joueur ayant été plusieurs fois champion de France, champion d'Europe et vice-champion du monde par équipe, vainqueur de la coupe de monde, ayant fait 3 JO. Avoir participé à la base de cette carrière et avoir toujours des contacts avec, 25 ans après ces débuts, est un réel bonheur.

- Tu es également un éleveur passionné de chiens. Pour pouvoir vivre pleinement ta passion, tu as déménagé de la Cote d'Azur en Dordogne. Ce n'est pas facile.
Peux-tu nous raconter pourquoi et comment cela s'est fait ?
Comment s'est réalisée l'installation ?
Quels changements est-ce que cela a impliqué pour toi ?

- Des changements de vie complets .... J'ai toujours eu des chiens, enfin dès que l'on a été en maison quand j'étais petit... J'étais passé la aussi à la sélection, au niveau amateur, et participais à des expos avec mes chiens, faisais une portée par an. Des soucis de la vie, et principalement en une courte période les décès successifs de ma mère, mon frère, ma « femme » (même si pas mariés), m'ont fait me poser pas mal de questions « existentielles » . J'avais une vie intéressante et sympa sur la Côte d'Azur, ma maison, mes animaux, j'étais entraineur de mon club en sport à haut niveau, et parallèlement un boulot pas mal ... Je venais d'avoir 40 ans ... n'était-il pas le moment de se lancer dans une aventure qui me tentait depuis un moment ? De changer de vie, pas que celle que je vivais me déplaisait, mais de connaitre une nouvelle aventure de vie, dans une autre région, une autre activité dans une autre passion. Ne pas changer pour changer, mais enrichir ma vie, et profiter de cette période charnière pour le faire, et vivre pleinement une autre passion. De plus, j'avais aussi une certaine « overdose » de la ville, son bruit, ses embouteillages, et surtout dans une région comme la mienne, déjà très peuplée, et « envahie » 4 mois par an.
Ici, en Dordogne, quand je calcule un déplacement pas la peine de prévoir du rab pour les embouteillages, il m'a fallu 6 mois pour entendre un coup de klaxon. Et les gens sont plus décontractés, zens. La vie ici, plus calme et douce, y aide. J'aime mon pays niçois, la mer, la montagne, la ville, les copains, copines, etc. mais j'aime beaucoup la Dordogne aussi, sa quiétude, ses paysages, sa verdure, sa faune... et j'ai donc trouvé, ici un petit havre de paix typique, à 20 minutes de Périgueux, 30 de Brive, de petits villages sympa autour, donc pas complètement hors de la civilisation, surtout que je suis à côté des grottes de Lascaux. Par le sport, les expos pigeons, chiens, je connais bien la France, et la Dordogne était une de mes régions préférées, en plus quand même encore au sud, mais beaucoup plus centrale.

Extrem Life : Berger australien (Ph. Patrick Gonzales)
Extrem Life : Berger australien (Ph. Patrick Gonzales)
- Peux tu nous décrire ton élevage de chiens ?

- Mon élevage est une propriété de 2 hectares, les chiens sont dans des parcs de 200 m² arborés, avec abris, ils sont 4/5 par parc, et sont sorti plus d'une heure le matin et le soir, tous ensemble ou presque (une trentaine) dans le parc de 1,5 hectares, pour des jeux et courses effrénées.

- Tu élèves plusieurs races. Peux-tu nous les décrire et nous dire pourquoi ces races là ?

* Le Berger australien principalement (une trentaine d'adultes) : c'est une race sportive, très intelligente, proche de l'homme, des enfants, sociable, très polyvalente et rustique. J'ai eu le coup de foudre pour la race il y a douze ans. Je l'élève depuis. Elle n'était en France que depuis une dizaine d'années à l'époque. Il y a 5 ans il y avait 500 naissances au LOF par an ; l'an passé c'est 7 400 chiots qui ont été inscrits, ce qui est le 5ème bilan, toutes races confondues. En France, le Berger Australien est la race la plus représentée en Expo. Dans le Monde la France est le deuxième pays au monde, après les USA, en cheptel et niveau.

* Le Basenji avec 4 chiens. C'est une race chien / chat, en effet plus proche du chat que du chien en caractère.

Buck, Easy Reader & Chelsea : Bergers australiens (Ph. Patrick Gonzales)
Buck, Easy Reader & Chelsea : Bergers australiens (Ph. Patrick Gonzales)
C'est une race primitive, très ancienne, originaire du Congo. C'est un chien/chat, indépendant sans aimer être seul. Il fait un peu ce qu'il veut quand il veut, c'est la seule race qui ne peut pas aboyer, il aime se percher, etc. il n'a pas d'odeur corporelle, se lèche comme un chat, les femelles ne sont en chaleur qu'une fois par an, et toutes en octobre/novembre... c'est aussi un athlète, car c'est la seule race, ayant le droit, avec les lévriers aux courses sur cynodrome. D'ailleurs une femelle née chez moi, est championne de France de racing. Il est très câlin avec ses maitres, sympa avec les enfants : ce n'est pas le chien de monsieur et madame tout le monde... Il est très original, très élégant et propre... Il en né là par contre une centaine par an en France, donc une race « discrète ».

*Le Setter Anglais avec 3 Femelles : le roi des chiens d'arrêts sur la plume et notamment la bécasse. Un plaisir de les voir évoluer, leur fluidité, leur quête, leurs arrêts.

Belle amitié (Ph. Patrick Gonzales)
Belle amitié (Ph. Patrick Gonzales)
- Comment en es-tu tombé amoureux ?

- Je pense notamment au Basenji, qui est, mais peut-être me trompe-je, une race plutôt rare et pour laquelle il n'y a pas forcément énormément de demandes ?

- Pour le Basenji, deux paramètres m'ont séduit : son physique, son élégance naturelle, en mouvement surtout. On dirait vraiment un petit cheval étalon arabe aux allures. Et son tempérament diffère complétement de celui de l'australien. En effet la demande est quasiment anecdotique, mais l'offre l'est aussi. Possédant des lignées de grandes qualités en beauté, caractère et aptitude, c'est comme pour tout : si on est dans un haut niveau de sélection, en général les gens recherchent, d'autant que malgré sa rareté, la race n'est pas un prix très élevé.

- Comment est rythmée ta journée ?

Esmeria : femelle Bassenjis (Ph. Patrick Gonzales)
Esmeria : femelle Bassenjis (Ph. Patrick Gonzales)
- Ma journée suit souvent le rythme du soleil, et je commence le matin au lever du soleil, ou 7h l'été, par les sorties des chiens, le nettoyage des parcs, des nurseries, cela pendant 3h en général. La même chose à l'envers le soir, et là pour terminer au coucher du soleil. Entre cela, et bien des sorties de chiens, du travail de socialisation des chiots, d'éducation, le travail administratif, les visites des gens venant voir, réserver, choisir, chercher les chiots, etc. Cela fait de copieuses journées, 7 jours sur 7, et 365 jours par an .. j'en suis là à ma 8è année consécutive sans vacances depuis mon installation « pro » mais je le savais en m'installant, et faire un travail d'une passion, est toujours envahissant. Là ça l'est encore plus avec les animaux, mais ce n'est pas un soucis. Quand on aime on ne compte pas, et les heures en font partie !!

- Avec les animaux, cela veut dire pas de week end, pas de grasse mâtinée, pas de vacances.
Comment gères-tu cela ?

- Par la passion, l'amour de ce que l'on fait, on s'y fait très bien.

- Est-ce que tes vacances, c'est le moment où tu pars en jugement sur les routes de France ?
Qui s'occupe des animaux pendant ce temps là ?

Faldo : Bassenjis mâle (Ph. Patrick Gonzales)
Faldo : Bassenjis mâle (Ph. Patrick Gonzales)
- En effet je participe à une trentaine d'expo canines par an, mais pour être absent le moins longtemps possible de l'élevage, je fais quasiment tout le temps des « opérations commando » concentrées sur la journée, avec un départ parfois à 3, 2 voire 1h du matin, la route, arrivée et expo dès 8h jusqu'à 17/18h en moyenne et retour direct dans la nuit, avec souvent donc 1000 kms dans la journée, avec l'expo, cela fait de bonnes journées, c'est sûr ! Mais comme je voyage généralement avec des amis, des gens qui ont des chiens nés chez moi, et que sur place nous en retrouvons d'autres, et passons une bonne journée, ça aide beaucoup à effacer la fatigue éventuelle. J'ai également des déplacements pour des saillies de mes chiennes, chez des étalons extérieurs, et là j'ai eu plusieurs fois des aller/retour de 2500 kms pour cela. Quand on veut rentrer une qualité particulière, une lignée dans la sienne, il faut aller chercher là où cela se trouve, et parfois aussi des inséminations artificielles à partir de semence congelée, venant d'Europe ou des USA.
J'ai aussi mes jugements avicoles, mais je me limite à une dizaine par an, et à moins de 4/500 km de chez moi. Là aussi pour des raisons d'absence minimum de l'élevage, je refuse malheureusement souvent des jugements, passionnant parfois, comme cette année par exemple les championnats d'Europe des cravatés italiens en suisse, des capucins en alsace, etc ... On ne peut pas tout faire bien, il y a un moment où il y a une limite à cela, et donc des choix doivent être faits, et les responsabilités avec des animaux l'imposent d'office.
Quand je suis en déplacement, j'ai mon père, qui est mon voisin et que j'ai embarqué dans mon aventure, qui peut faire des bricoles, mais surtout surveiller. Mais j'ai surtout quelqu'un de confiance sur place. Et un ancien stagiaire, installé à son compte pas très loin de chez moi, passe le matin me remplacer pour le gros du boulot de sortie des chiens et nettoyage, mais il a son élevage aussi et ne peut pas le faire très souvent chez moi.

Chiot Berger australien (Ph. Patrick Gonzales)
Chiot Berger australien (Ph. Patrick Gonzales)
- Quels conseils pourrais-tu donner à un débutant qui souhaiterait s'installer ?

- Je pense qu'il faut déjà se faire connaitre dans sa race principalement. On peut élever au niveau amateur en ne faisant qu'une portée par an. Cela permet de se familiariser à l'activité, de commencer à sélectionner sa lignée, d'essayer de faire le meilleur possible, de se faire connaitre en expo, et/ou dans les activités que l'on pratique, et ensuite de s'installer, même si cela demande quelques années. Cela permettra alors d'être connu, et facilitera beaucoup sa reconnaissance une fois pro ... c'est personnellement ce que j'ai fait, même si je ne comptais pas devenir pro au départ. Les choix ont fait qu'une fois la décision prise, je commençais à être connu dans la race, même en tant qu'amateur à l'époque.

- Quelles ont été tes plus belles récompenses avec les chiens ?

- Et bien on va faire simple, et parler du palmarès de l'année 2013, puisqu'elle a été assez exceptionnelle pour l'élevage :
En Berger Australien : un chien champion du monde (en Autriche cette année), un chien Champion de France (à Marseille cette année), un vice-champion de France, un meilleur de race au championnat de France, un vice-champion d'Europe (et cela avec 5 chiens différents), le lot d'élevage à la nationale d'élevage, plusieurs Best in show (grand prix d'expo) toutes races confondues ...
Donc difficile de faire mieux, mais une belle satisfaction, d'autant que de mes chiens sont aussi des chiens d'activités canines, avec certains travaillant en exploitation sur vaches, d'autres sont chien de décombres avec les pompiers, chien d'avalanche en poste dans les Alpes, chiens visiteurs en hôpitaux, maisons de retraite, d'autres pratiquent des activités canines : troupeau, obéissance, cavage, agilité, recherche utilitaire, frisbee, Fly Ball, cani cross, VTT cross ... Certains sont à la fois des champions de beauté, et pratiquent certaines de ces activités à bon niveau ... Nous avons la chance d'avoir une race, polyvalente et assez récente, donc pas encore complètement dénaturée par des axes de sélection trop pointus. Je m'efforce dans ma sélection, de justement travailler dans ce sens : faire du beau et bon chien

Chiot Berger australien (Ph. Patrick Gonzales)
Chiot Berger australien (Ph. Patrick Gonzales)
- As-tu d'autres animaux ? Si oui lesquels ?

- J'ai donc mes pigeons, des poules (Pékins froment dorées), quelques lapins nains (havane), des oiseaux (Canaris Timbrados et perruches ondulées) et j'ai bien sur une vingtaine de moutons (des Ouessant) qui me servent à tester et entretenir l'instinct de mes australiens.

- Peux-tu nous dire quelques mots des ravages qu'ont provoqués les prédateurs dans ton élevage ?

-J'ai eu de très gros dégâts en effet avec des fouines sur mes pigeons et poules, sur plusieurs années, avec des fois des nuits avec 70/80 animaux retrouvés morts. Plusieurs fois j'ai donc cherché à sécuriser mes volières, mais toujours un infime passage a été trouvé... Cet été j'ai complètement doublé mes volières avec du grillage soudé de maille de 1mm, les côtés, le plafond, les murs, derrière les nids, le tout coulé au sol dans le béton de la dalle ... et depuis plus de soucis !! Ouf !

-Est-ce que la Dordogne, c'est le paradis sur Terre ?

- Je dirais que le paradis sur terre, est là où on est bien, où l'on fait ce que l'on veut et ce que l'on aime librement,... en plus? quand c'est un joli coin, avec des gens sympa, et bien oui pour moi la Dordogne est mon petit coin de Paradis sur Terre

- Est-ce que tu souhaiterais élever encore d'autres animaux ? Si oui lesquels ?

- Si j'avais plus de temps, j'aurais aimé avoir quelques chevaux, des Shetlands Palomino et Alsan crins lavés ... mais il faut quand même se limiter, et être raisonnable, pour que finalement les animaux n'en pâtissent pas !!

Ch. Radentis Oslo : Setter anglais (Ph. Patrick Gonzales)
Ch. Radentis Oslo : Setter anglais (Ph. Patrick Gonzales)
- La fédération ProNaturA France et ses scientifiques souhaiterait souligner que grâce à toi, la protection des animaux et notamment celle des pigeons, s'est nettement améliorée. En effet, grâce au forum des Club Français des Pigeons d'Origine Italienne, les débutants peuvent trouver toutes les informations nécessaires pour bien installer, bien nourrir, bien soigner et bien comprendre leurs animaux. C'est du concret, pas de l'idéologie. Et c'est cela de la vraie protection des animaux, pas du végétarisme de salons bobo-écolo-parisiens.
En plus, sur le forum, les anciens partagent tous les jours leurs connaissances avec les débutants, sans distinction de catégories socioprofessionnelles
C'est donc un lieu d'échanges et de convivialité hors du commun. C'est un lieu de libre expression. Et c'est probablement cela la vraie démocratie.
Alors pour tout ce que tu as réalisé de bien pour les animaux et l'élevage de sauvegarde et de sélection en France, il était important de te faire encore plus connaître à un très large public.
C'est désormais chose faite.
Bonne continuation avec les animaux.

- Merci, mon parcours est en effet peu fréquent et peut donner des idées à certains, ça n'a pas toujours été simple, car vivre ses passions, surtout quand on en a plusieurs, est très envahissant. Cela procure souvent une vie passionnante, trépidante certes, mais il faut avoir la foi pour suivre, assumer. C'est aussi parfois compliqué pour ses proches, car on est loin d'avoir la vie de monsieur tout le monde. C'est aussi tellement enrichissant, mais, pour info, enrichissant humainement plutôt que financièrement. La passion c'est ça dans la plupart des cas ... mais vivre sa ou ses passions, cela a-t-il un prix ?


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http://www.lunereves-chiens.com


Photo entête : Berger australien (Patrick Gonzales)
Entretien avec J.E. Eglin

 

 

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