Contribution de la Fédération ProNaturA France au livre vert de l'Union européenne sur la qualité des produits agricoles


 

La fédération ProNaturA France rejoint ses associations sœurs et amies, comme la fondation SAVE et approuve la publication du Livre Vert de la Commission Européenne.

Nous encourageons depuis longtemps une agriculture de qualité, ainsi qu'une écologie humaniste, participative et réformiste, c'est-à-dire une écologie, qui au lieu de détester l'Homme (comme le fait l'écologie fondamentaliste), essaie de lui donner les moyens de s'améliorer et de participer aux processus de réflexions et d'amélioration des réglementations.

Le Livre Vert essaie de faire émerger un jugement sur les réglementations actuelles sur la production et la commercialisation de produits alimentaires de qualité.

A côté d'une agriculture intensive, destinée à nourrir une population croissante, dans un contexte économique souvent difficile, il est important d'assurer au consommateur un libre choix entre des systèmes de productions différents.
Il est également important que le consommateur comprenne bien la différence entre ces différents systèmes de production.
L'Union européenne souhaite contribuer à informer et clarifier. C'est bien.

Sans doute pour la première fois, apparaissent dans ce Livre Vert les termes "productions locales", "productions extensives", " bien-traitance des animaux " , "héritage culturel" ou "biodiversité". C'est un premier pas.

Toutefois, à l'heure où l'Organisation des Nations Unies a dans plusieurs rapports de la FAO, demander aux Etats de mettre en œuvre des mesures destinées à empêcher la disparition des races et variétés locales ancestrales d'animaux et végétaux et aider les agriculteurs et les particuliers qui les sauvegardent, il est dommage que, semble-t-il, aucune directive européenne ne soit prévue pour aider la sauvegarde de cette biodiversité domestique.

Pourtant, les races animales d'élevage et les plantes cultivées, traditionnelles, adaptées localement, provenant de productions locales et extensives peuvent souvent remplir les critères cités plus haut. Les produits faits à partir de ces races et plantes sont, majoritairement, des "produits de qualité".
Il faut aussi garder à l'esprit qu'ils sont souvent seulement saisonniers et dans de petites quantités, ce qui rend la commercialisation difficile. C'est pourquoi, ces produits ont besoin d'une structure de commercialisation protégée.

En outre, les races et variétés anciennes d'animaux et végétaux, créés par nos ancêtres, représentent un patrimoine historique et culturel, un héritage qui doit être légué à nos enfants. Laisser disparaître une race locale ancestrale, c'est comme laisser disparaître un monument historique.

De plus, toutes ces races et variétés sont synonymes de saveurs et de goûts différents. Elles donnent vie à des recettes et spécialités gastronomiques distinctes dont la diversité pourrait faire la richesse de l'Hôtellerie et la Restauration.
Si elles étaient valorisées par la gastronomie, elles pourraient représenter de nouveaux débouchés pour l'agriculture de demain.

Par ailleurs, il a été triste de constater que trop souvent, l'agriculture en Europe a tendu à augmenter le fossé entre les productions industrielles et celles à petite échelle. Comme beaucoup d'autres, nous remarquons que même l'agriculture biologique, qui a commencé avec de petits fermiers locaux, et à petite échelle, est en compétition, avec des produits bio produits industriellement, par quelques grands élevages et grandes cultures.

C'est en gardant à l'esprit ces remarques que nous répondons aux questions du Livre Vert :


Question 2 : les produits issus de races et variétés locales anciennes d'animaux et végétaux à faibles effectifs, ne doivent pas toujours être conformes aux concepts modernes d'attractivité (exemple des petites pommes). Les classifications obligatoires de taille et de qualité devraient alors être sous la forme de "conditions réservées optionnelles".

Question 3 : Les conditions réservées optionnelles devraient aussi être rendues
possibles pour les produits de races d'animaux d'élevage et de plantes cultivées, ancestrale et à faibles effectifs.

Question 5 : Dans le contexte d'indication géographique, une marque ou un symbole graphique pour les races animales d'élevage et les plantes cultivées localement adaptées (autochtones), devrait être créé, dans l'optique possible d'un label.
Par ailleurs, et quel que soi le système de production, la race de l'animal est synonyme de qualité. Elle devrait toujours être indiquée sur le produit acheté.

Question 6 : Les critères pour des indications géographiques protégées et AOP devraient aussi inclure les matières premières pour les produits. En France, il existe des fromages, qui ne sont pas réalisés à partir du lait des races locales. Nous ne trouvons pas cela normal. Sans vouloir tomber dans l'intégrisme et la non faisabilité économique, nous pensons que toute AOP devrait compter au moins 10% de lait de race locale. Cela permettrait de maintenir des effectifs constants de races locales.

Question 14 : La question ne s'adresse pas vraiment au problème. Des réglementations supplémentaires sont nécessaires, comme nous l'avons indiqué à votre question 19.

Questions 16 et 17 : A travers l'établissement de directives adaptées, les structures peuvent être réduites et les coûts et charges diminuées.

Question 19 : L'agriculture de petite échelle est de grande importance, spécialement dans le cas de produits alimentaires de qualité. Pour cela, un système de production sécurisé et viable a besoin d'être mise en place. Cela peut être fait à travers un étiquetage adapté des produits. Ainsi, nous suggérons la création d'un label incluant les critères suivants :
- Production à petite échelle
- Avec des races animales d'élevage et des plantes cultivées traditionnelles et localement adaptées.
- En provenance d'une production locale et extensive
- Avec des méthodes de production traditionnelle
- Quand cela est possible, les ingrédients et matières premières aussi en provenance de sources locales
- Respecter de hauts standards de bien-traitance animale.
Avec un label comme celui-ci, beaucoup de besoins peuvent être remplis, pas seulement les besoins urgent de conservation des ressources génétiques locales (agrobiodiversité) mais aussi d'autres facteurs tels que les Arches de goût (Slow Food), la production difficile de régions de montagne et de production soutenable (durable) dans les agroécosystèmes traditionnels. En supplément, l'abîme toujours croissant entre dans les productions à petite échelle et industrielle dans l'agriculture biologique peut être abordé.

En 2002, nous avions proposé à la Commission européenne et au Gouvernement français la création d'un label " biodiversité pour tous".
Nous pensons qu'un tel label aiderait l'acte d'achat de tous les consommateurs sensibilisés à la protection de la biodiversité des races locales à faibles effectifs, mais aussi de tous ceux qui veulent manger des produits de qualités aux milles saveurs différentes.

La fédération ProNaturA France et ses réseaux se tiennent prêts pour aider à la mise en oeuvre des propositions décrites ci-dessus.

Fédération ProNaturA France

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