Michel et Frédérique Flaesh : leurs chats crèvent l'écran


Rififi, confident de Guy Marchand dans la célèbre série Nestor Burma
Rififi, confident de Guy Marchand dans la célèbre série Nestor Burma
Faire "jouer" des chats au cinéma, tel est le métier insolite de Michel Flaesch, qui travaille en famille avec sa fille Frédérique et son fils Laurent. Ce sont eux, notamment, qui ont façonné Rififi, le chat noir et blanc de la série télévisée Nestor Burma.

Pour Atout Chat, ils ont accepté de dévoiler les coulisses de leur art.

* Atout Chat : Quel est l'intitulé exact de votre métier ?
- Michel Flaesch : Conseiller animalier pour le cinéma. Cela va faire plus de 30 ans que je l'exerce.

* AC : travaillez en famille avec votre fille Frédérique et votre fils Laurent ?
- MF : En effet. À l'origine, c'est involontaire. Mon fils voulait être cuisinier-pâtissier ; ma fille rêvait d'être danseuse. Finalement, tous deux ont abandonné leurs projets pour venir me rejoindre. Nous formons une famille unie, donc c'est agréable de travailler ensemble. Et puis, sur certains tournages, mieux vaut être deux : sur le dernier film de Jean-Pierre Jeunet, par exemple, je suis intervenu avec mon fils, car nous avions 6 chats à manipuler, ce qui est beaucoup.

* AC : D'où proviennent les animaux avec lesquels vous tournez ?
- MF : je les élève moi-même. Il s'agit de chats, de chiens et d'oiseaux (je suis également passionné de fauconnerie). Je précise que je ne prends jamais d'animaux "extérieurs". Car si l'on ne connaît pas l'animal avec lequel on travaille, on ne fait rien de propre.

* AC : En tant que dresseurs, que vous demande-t-on d'obtenir de vos chats ?
- Frédérique Flaesch : Toutes sortes de choses : que le chat saute sur une table ; qu'il reste dans les bras ; qu'il vienne se frotter contre la jambe d'un comédien, etc. La demande est à chaque fois différente.

Ulotte - norvégienne blanche
Ulotte - norvégienne blanche

* AC : Comment se comporte le chat en tant qu'acteur ?
- MF : Contrairement au chien, le chat ne se dresse pas. On ne peut pas lui donner d'ordres ! Il agit sur la motivation, il "joue". Avec lui, je n'utiliserais pas le terme de "travail".
- FF : Le chat est l'animal le plus difficile à gérer sur un plateau, car il est imprévisible. S'il en a marre, ça ne sert à rien de le contraindre! Parallèlement, il n'a pas conscience de jouer la comédie. Pour réaliser ce qu'on lui demande, il doit juste être à l'aise, bien dans sa peau.

* AC : Utilisez-vous des astuces pour inciter un chat à répondre à vos attentes ?
- FF : Rien ne s'obtient jamais par la force. Éventuellement par la gourmandise ; ainsi, nous donnons une récompense pour le stimuler si le besoin s'en fait sentir.
- MF : Les meilleurs chats s'exécutent juste par amour du jeu.

Rififi
Rififi
* AC : Certains chats sont-Ils plus doués que d'autres ?
- FF : Bien sûr : nous sommes capables de déterminer, dès l'âge de 2 ou 3 mois, si un chat sera bon pour le cinéma ou pas. Comme chat exceptionnel, je citerais Peter ; dans le film de Jeunet, il a réussi l'exploit de grimper le long d'un mur, dans un endroit qu'il ne connaissait pas. Il est vraiment très doué. le me souviens aussi de la performance de l'une de nos chattes, Grisette ; pour une publicité dédiée à la marque Whiskas, avec l'acteur Martin Lamotte, elle a accepté sans rechigner de tourner la prise 62 fois de suite !
- MF : Sans oublier Moustache : c'était un chat fabuleux, dont j'ai conservé sa descendance. j'insiste sur ce point ; notre élevage est volontairement très consanguin, ce qui nous permet de fixer les qualités (et les défauts !) d'une lignée.

* AC : Et le fameux Rififi, chat de la série TV, Nestor Burma, avec Guy Marchand dans le rôle titre ?

Peter
Peter

- MF : Pour incarner Rififi, nous avons utilisé le même chat pendant 15 ans. Puis ce matou est tombé malade, et malheureusement il est mort. Il a donc fallu le remplacer. Nous devions absolument proposer un chat qui, non seulement, soit noir et blanc (comme le premier), mais dont les taches soient "raccord". Je l'ai finalement remplacé par l'un de ses fils très consanguin, lequel a tourné toute la fin de la série. Il était un peu moins bon que son père, mais il a fait l'affaire.

* AC : Quels types de chats élevez-vous ?
- FF : Dans la grande majorité des cas, il s'agit de gouttières (tigrés, noir et blanc, noirs), que nous sélectionnons principalement sur le caractère. Depuis quatre ans, je me suis mise à élever aussi des chats de race : norvégiens et maine coon (chatterie "of Movie Cats"). L'un de mes norvégiens (blanc aux yeux vairons) est à la fois l'étalon de ma chatterie et un chat de cinéma réputé, qui a tourné dans Laissez passer de Bertrand Tavernier.

* AC : Quels sont les tournages auxquels vous avez participé récemment ?
- MF : Je viens de finir "Un long dimanche de fiançailles", qui sortira sur les écrans en octobre 2004. Ce film est l'oeuvre de Jean-Pierre jeunet, le réalisateur du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain". J'y ai participé avec 6 de mes chats, qui incarnent les animaux de la comédienne Audrey Tautou. Nous avons également collaboré au film tiré de la série TV, Caméra café.

Ulotte
Ulotte

* AC : Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?
- MF : Bien connaître les animaux et faire preuve de caractère, car pour tenir tête à un grand réalisateur, mieux vaut être doté d'une forte personnalité !

* AC : La différence entre votre activité et celle d'un dresseur de cirque ?
- MF : Rien à voir ! Lors d'un numéro de cirque, le chat intervient toujours dans le même type d'environnement, avec la même musique, les mêmes gestes, etc. C'est une mécanisation. Alors qu'au cinéma, le chat doit s'adapter à des situations toujours nouvelles, avec des gens toujours différents et inconnus de lui. Je me souviens que pour "La femme du boulanger", une pièce mise en scène par Jérôme Savary, je me suis trouvé en concurrence avec le dresseur du cirque de Moscou. Il

Peter en train de jouer
Peter en train de jouer
demandait 3 mois de préparation pour préparer ses chats à jouer les rôles de Pompon et Pomponnette. J'ai eu l'avantage car mes matous, eux, étaient opérationnels sans le moindre délai !

* AC : Avez-vous conscience d'exercer un métier passionnant ?
- MF : Passionnant, certes. mais extrêmement stressant ! Au moment de la prise, la situation se révèle souvent différente de celle décrite par le scénario, ou remplie d'imprévus de toutes sortes. Alors, au pied levé, il faut trouver des solutions.
- FF : La difficulté de ce métier, c'est qu'on ne sait jamais si l'animal va accepter ou pas de faire ce qu'on lui demande. C'est pour cette raison qu'on utilise parfois des "doublures".

Article tiré de la revue "Atout Chat", avec l'aimable autorisation de Michel Flaesh.

proposition_pub3.jpg