La Grue "Demoiselle de Numidie" (Anthropoïdes virgo)


C'est certainement la grue la plus rencontrée chez les particuliers, et c'est aussi celle qui se reproduit le plus régulièrement en captivité. On l'appelle communément : La Demoiselle de Numidie.
Le genre Anthropoïdes ne compte que 2 espèces :
A. virgo : Demoiselle de Numidie
A. paradisea : Grue de Paradis

grue numidie troupeMais d'où vient ce nom de Numidie ?
La Numidie était un pays d'Afrique du Nord, proche de la Mauritanie, conquis par les Romains 200 ans avant J.C.
On suppose donc que se sont ces derniers qui lui ont donné ce nom. A cette époque elle nichait dans presque toute l'Afrique du Nord. Elle continua de s'y reproduire jusqu'au 18 ème siècle. A partir du 19 ème, sa reproduction y est devenue plus sporadique, pour pratiquement s'éteindre au début du 20 ème siècle.
Cependant Cramp et Simmons en signalent quelques unes dans les montagnes de l'Atlas Marocain entre 1960 et 1970, sans pouvoir dire si elles y ont niché.
Actuellement c'est en Europe de l'Est qu'elle se reproduit le plus régulièrement, en Roumanie, en Moldavie, dans les steppes du Caucase et de l'ancienne U.R.S.S., ainsi qu'en Mongolie où vit la plus importante colonie de grues demoiselle qu'il soit possible d'observer au monde. Quelques couples sont régulièrement signalés en Turquie.

grue numidieEffectifs
Rien que pour l'ex U.R.S.S. la population de grues demoiselle est estimée entre 45 000 et 50 000 oiseaux. Ces chiffres datent déjà de quelques années, ils ont été publiés par le bulletin du C.W.G.I. (Crane Working Groupe Information) en novembre 1981.
Depuis, aucune information alarmante à leur sujet n'a été publiée, ce qui nous laisse espérer que ses effectifs sont stables. Cependant, en 1978 pendant une période de 12 jours THIOLLAY a pu observer au Népal dans la vallée de Kali Gandarki 61 000 demoiselles dont la majorité volait entre 5 et 8 000 mètres d'altitude. Nous ne possédons aucune estimation sur la population totale de la grue demoiselle. Mais si l'on s'en réfère aux seules informations de THIOLLAY qui a observé 5 800 grues par jour en un seul couloir de migration, lorsque l'on sait que les mouvements migratoires durent plus d'un mois et demi, on peut sans grand risque de se tromper affirmer : que les effectifs de la grue demoiselle sont nettement supérieurs à l million d'individus.
Ce chiffre peut paraître important et surprendre, mais que représente t-il par rapport à son aire de reproduction ? très peu de choses. Espérons que des chiffres plus officiels que les nôtres, nous serons communiqués dans le futur.

Identification
C'est la plus petite des grues. Mâle et femelle sont difficiles à différencier, elle ne montre en effet aucun dimorphisme sexuel.
Un vétérinaire pratiquant l'endoscopie, (sexage par endoscope) nous disait qu' il est très fréquent de se tromper lorsque l'on veut sexer par une simple observation, ces oiseaux.
Citant un éleveur, qui en possédait un couple, dont un sujet était plus grand et un peu plus fort que l'autre, quelle ne fut pas la surprise de cet éleveur lorsqu'au moment de la reproduction il s'aperçut que le plus grand était la femelle et le plus petit le mâle. Notons cependant qu'en règle générale, le mâle est légèrement plus grand que la femelle, ou tout au moins il donne cette impression.
Les deux sexes sont de même couleur, d'un gris pur. La gorge et la poitrine sont uniformément noires, avec des plumes plus longues formant un plastron également de couleur noire. Derrière chaque oeil, partent des plumes blanches formant un fin triangle et se rejoignant derrière la tête, protégeant la nuque sur une dizaine de centimètres.
Le bec est de couleur olivâtre, les pattes gris-noirâtre, et les yeux rouges.
Son cri est très puissant et porte fort loin, porté par le vent, on peut l'entendre à deux kilomètres.
Il n'existe pas de sous - espèce connue de cette grue
Le mâle pèse de 2 kg à 2,5 kg, la femelle de 2 kg à 2,750 kg.

Nidification et reproduction
Certains oiseaux se mettent à reproduire dès l'âge de 2 ans (rare), d'autres ne commencent qu'à 3 ans et même 4 ans. En Crimée, la ponte débute fin avril et se prolonge jusqu'à la mi - mai. Au Kazakhstan : de la mi - mai à la fin juin. En Mongolie et en Sibérie : de la fln mai jusqu'à la fin juin.
Comme toutes les grues, les demoiselles sont monogames. Les observations qui ont été réalisées, signalent des nids, le plus souvent dans des steppes semi désertiques (pourvu qu'il y ait de l'eau à proximité), depuis le niveau de la mer jusqu'à des altitudes de 3 000 mètres (un seul cas observé). En règle générale les nids ne sont jamais établis à plus d'un kilomètre d'une rivière, d'un lac, d'un marais, généralement entre 200 et 500m de l'eau.
Suivant les régions, les pontes ont lieu de la mi - avril à la mi - mai et même jusque fin juin en Sibérie. Elles sont en principe toujours composée de deux oeufs qui mesurent en moyenne 83 x 53 cm et pèsent environ 130 grammes.
Le nid est rudimentaire, placé dans un endroit sec et caillouteux entouré de quelques brindilles ou de racines et d'herbes sèches. Les oeufs sont pondus avec un intervalle de 24 à 28 heures. Ils sont de couleur gris olivâtre, avec des taches brunes irrégulières plus concentrées vers le gros pôle de l'oeuf. L'incubation est de 27 à 29 jours.
Glutz dans l'une de ses observations portant sur 8 nids, a découvert 7 pontes de 2 oeufs, et seul un nid ne contenant qu'un oeuf. Il ne dit pas si pour ce dernier, il s'agit d'une ponte d'un oeuf ou si l'un des deux oeufs avait été cassé ou dérobé par un prédateur.
Chekmenev signale que c'est toujours la femelle qui se charge de l'incubation, mais que parfois elle est relayée par le mâle lorsqu'elle part à la recherche de nourriture.
Au moment de l'éclosion, le mâle reste à proximité du nid surveillant les alentours, il est très agité. A Clères, des mâles ont été observés, simulant un oiseau blessé avec les ailes pendantes, tentant ainsi d'éloigner les intrus du nid.
Dès qu'ils sont secs, les petits suivent leurs parents et presqu'aussitôl recherchent leur nourriture qui est constituée d'insectes, coléoptères, scarabées, papillons, fourmis ainsi que de graines vertes et sèches. Leur croissance est rapide, la période juvénile est d'environ 55 à 65 jours, ce qui peut paraître court pour des grues.
A la fin de l'été, les jeunes commencent à voler et accompagnent les adultes jusque dans les champs de céréales où ils font certains dégâts. Dès l'âge de deux mois, elles sont presque de la taille des parents avec lesquels elles restent en famille.

Migrations
grue numidie coupleA la fin de l'été, c'est à dire dès la fin août, c'est le début des migrations, qui leur fera prendre le chemin de l'Afrique ou de l'Asie par vols pouvant compter jusqu'à 400 individus, qui évoluent à des hauteurs de 300 à 1300 mètres. Elles mettent environ 45 jours pour gagner leur lieu d'hivernage.
Les retours de migration s'échelonnent de la mi - mars à la mi - mai. Les sujets hivernant en Afrique, commencent à prendre le chemin du retour dès le mois de février, alors que ceux hivernant en Asie sont un peu plus tardifs.
Après un long périple effectué en groupe, elles se rassemblent en bandes nombreuses ou plusieurs milliers de grues peuvent être présentes.
Ensuite, c'est la dislocation, et chaque couple reprend le chemin du lieu de reproduction, qui souvent reste le même pendant plusieurs années. A cette époque de l'année, elles sont très bruyantes et très agitées. Les parades vont commencer. Cela peut ressembler à un jeu, ailes écartées, tête basse, ramassant pierres et brindilles, sautant sur place pour finalement se dresser sur la pointe des pattes, allonger leur cou et émettre leur cri rauque et déchirant.
Cette parade peut se répéter plusieurs fois dans la journée. La nuit par temps clair, elles donnent l'impression de ne pas dormir, elles sont toujours agitées et toujours aussi bruyantes, appelant ou répondant aux appels de leurs congénères qu'elles entendent au loin.

Habitat
Elle recherche les steppes accidentées et vallonnées, à proximité de rivières, ne dédaignant pas les prairies de moyenne montagne s'il y a de l'eau à proximité. Elle préfère les endroits secs, mais elle pénètre également dans les zones humides à la recherche de sa nourriture. Migratrice ; en hiver, elle fréquente encore parfois l'Afrique du nord, mais en très petit nombre. Elle préfère les régions situées au sud du Sahara. Cependant l'Asie mineure aurait sa préférence. Il paraîtrait que certaines grues demoiselles seraient sédentaires en Roumanie.

Nourriture
D'après CHERMENEV, ces grues ont un régime essentiellement végétarien auquel elles peuvent cependant déroger dès la fin du printemps en consommant quantité d'insectes et autres petits invertébrés.
Si l'on s'en réfère à leur alimentation en captivité lorsqu'elles ont la possibilité d'évoluer sur de grandes surfaces, on peut dire qu'elles sont omnivores, tant leur régime est varié. Vous leur donnez du blé ; elles le mangent, de la viande hachée ; elles la mangent, des grenouilles ou des lézards passent à leur portée ; elles les mangent, de la salade, elles l'adorent et les fruits sont très appréciés.
Ces oiseaux ont une grande faculté d'adaptation au milieu dans lequel ils évoluent. En Asie, et principalement en Inde, ils occasionnent quelques dégâts dans les cultures, qu'il s'agisse de pois chiche, de riz ou tout simplement de luzerne. Ils consomment les graines et parfois s'attaquent aux racines.

Captivité
Pour la détention d'un couple de grues demoiselles, il est nécessaire de leur accorder l'enclos qui leur convient. Les dimensions doivent être respectables : 25 à 30 m de long, 10 m de large. Une clôture de 2,50 m est recommandée. Un grillage de 2 m surmonté de quelques fils tendus à l'horizontale empêcheront les grues de s'échapper.
Comme on l'a vu, elles sont très légères et de plus elles sont dotées d'une force exceptionnelle dans les pattes, ce qui leur permet de faire des bonds assez hauts et de franchir aisément un obstacle de 2 m. De surcroît la surface portante des rémiges tertiaires est très importante, ce qui leur permet de se laisser emporter par un vent violent, même si elles sont éjointées !
Le sol sera engazonné, ou composé d'une herbe de prairie, un bassin aux pentes douces, leur servira d'abreuvoir et de baignoire car elles aiment se baigner. Si possible, un ou plusieurs grands arbres seront présents ainsi que des taillis assez hauts. Quelques m2 recevront un mélange de sable et de gravillons additionné de quelques cailloux gros comme des oeufs de poule. Un abri pourra leur être destiné, mais ce n'est pas sûr qu'elles veuillent s'y abriter si des arbres de bonnes dimensions les protègent des intem-péries, à moins de s'en servir pour leur distribuer la nourriture.

Alimentation
Un mélange de graines destinées aux poules, auxquelles on ajoutera un granulé entretien pour faisans ou dindons, peut faire l'affaire. Au début de la saison de reproduction, des vitamines et des oligo-éléments seront ajoutées à la ration, et le granulé entretien sera remplacé par un aliment "reproduction" pour faisanes ou dindes. Quelques vers de farine compléteront le menu.
Au Parc de Clères, des biscuits pour chien sont distribués, légèrement humectés, de la salade, des pommes et de la mie de pain qu'elles adorent.
Une autre solution consiste à les nourrir exclusivement avec un granulé spécifique, soit de l'aliment Faunafood, ou de l'aliment Mazuri que l'on peut se procurer chez Nordos France.
International Crane Foundation, préconise un aliment titrant :
20,6 % de protéines brutes ;
3,4 % de cellulose brute ;
6,3 % d'huile crue digestible ;
10,6 % de cendre brute.

Choix des reproducteurs
grue numidie troupe2On choisira des oiseaux de 3 à 5 mois, éjointés s'ils sont destinés à être placés dans un parc à ciel ouvert. Non éjointés s'ils doivent être installés dans une grande volière. Aux Etats - Unis, la préférence va aux oiseaux non éjointés, en volière, il semble que la reproduction dans ce cas, soit supérieure à celle enre-gistrée avec des sujets éjointés.
Il faudra s'assurer que les oiseaux aient bien été sexés, soit par endoscopie, soit par analyse sanguine, et bannir toute forme de consanguinité. Ne jamais accoupler frère et soeur. Il semblerait que, chez les grues, les couples frères et soeurs ne reproduisent jamais ; si elles sont appariées dès le stade juvénile.
La consanguinité n'a peut - être pas que des désavantages, mais elle a besoin pour être appliquée, de certaines connaissances en la matière. Seuls des spécialistes peuvent la contrôler.
En 2ème, mais plus sûrement en 3ème année, la parade s'intensifiera dès le mois de mars, ensuite, en avril, 2 oeufs seront pondus dans un nid p lacé dans une légère excavation du sol entouré de quelques brindilles et parfois même au milieu des cailloux. En règle générale, le nid sera proche d'une clôture ou au milieu d'un buisson suffisamment clair, parfois au pied d'un arbre, rarement au centre de l'enclos.
On évitera de les déranger pendant toute cette période. L'accès à cet enclos sera interdit aux jeunes enfants par mesure de sécurité.

Incubation et Elevage
Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour l'incubation de oeufs :
- naturelle
- artificielle
- poule naine
- mixte
* Naturelle : les femelles de Grues demoiselles sont d'excellente couveuses qui se chargeront de mener à bien toute la période d'incubation (28 jours en moyenne). Elles peuvent également élever leurs jeunes, ce qui peut paraître risqué à certains. C'est pourtant la meilleure solution, celle qui devrait être au moins essayée la première fois. Elle donne l'avantage de tester chaque couple reproducteur. Si cette façon de pra-tiquer donne de bons résultats la première année, elle pourra être reconduite.
* Artificielle : les oeufs sont placés dans un incubateur, à la naissance les petites grues iront dans une éleveuse où il faudra avant tout leur apprendre à manger, elles ont besoin d'être initiées. Il faut surtout évi-ter de placer plusieurs petites grues ensemble, elles se montrent très agressives même agées de quelques jours. Deux jeunes dans la même éleveuse, c'est la mort certaine pour l'une d'entre elles.
* Poule naine : l'incubation sera confiée à une poule naine ou une poule de grande race dans laquelle on aura toute confiance. A la naissance les petites grues seront placées en éleveuse.
* Mixte : cela consiste à laisser couver la grue jusqu'au béchage des oeufs par les petits, et de les installer ensuite dans un incubateur jusqu'à l'éclosion. Une fois secs les petits sont alors mis en éleveuse.
On peut aussi laisser couver la demoiselle pendant seulement 10 jours, ce qui correspond à la période d'incubation la plus délicate, puis placer les oeufs en incubateur artificiel sous une température de 3705 et 60 à 65 % d'humidité relative.
Il n'est pas toujours facile d'apprendre à manger à des petites grues demoiselles, certaines mangent seules dés que vous leur présentez la nourriture, d'autres ne veulent rien savoir. Dans ce cas pour éviter une trop forte "imprégnation" de la part de l'éleveur, on pourra placer dans la même éleveuse 1 ou 2 poussins de poule de grande race, d'une quinzaine de jours qui apprendront aux jeunes à se nourrir? Ils pourront, si tout se passe bien, rester ensemble une huitaine de jours. Mais il faudra surveiller tout ce petit monde de façon à ce que les jeunes poulets ne blessent pas les petites grues ou vice versa.
Une autre solution, consiste à se servir d'une baguette pointue d'environ 40 cm, au bout de laquelle on fixe la nourriture. De cette manière en agitant l'extrèmité de la baguette porteuse de nourriture devant leur bec, on excite la curiosité des oisillons qui apprennent ainsi à manger. Ensuite la pointe de la baguette est dirigée vers la mangeoire jusqu'à ce que les grues apprennent à manger seules.
En élevage artificiel les jeunes grues demoiselles ne mangent pas avant 24 ou 36 heures. On peut repérer le moment où elles sont disposées à prendre de la nourriture à leur comportement. Elles cherchent alors à becquer des miettes ou le bord de l'éleveuse, et se déplacent très bien et très rapidement. Les jeunes grues ne mangent jamais seules avant l'âge de 4 jours.
Leur nourriture : de la semoulette pour dindonneaux ou poulets, du jaune d'oeuf cuit dur écrasé, quelques croquettes pour chiens passées au mixeur, le tout sera malaxé et distribué plusieurs fois par jour. Dès le 2éme jour, des vers de farine de petite taille seront distribués en supplément (écrasés pendant les 2 premiers jours).
Vers le 4ème jour, on leur laissera en permanence des croquettes pour chien, que l'on aura fait tremper au préalable dans de l'eau. Soit sur la nourriture, soit dans l'eau de boisson, quelques gouttes de vitamines et oligo-éléments leur seront distribuées un jour sur deux, jusqu'au 15ème jour en très faible quantité. Ensuite on espacera la distribution de vitamines à seulement 1 jour par semaine jusqu'à l'âge d'un mois. Attention, un excès de vitamines allié à une carence en sels minéraux, peut entrainer de graves troubles dans l'ossification des pattes - d'où des déformations des pattes, des problèmes de tendons, etc... Les vitamines pourront avantageusement être remplacées par une distribution de fruits et de salade.
Vers le 15ème jour on commencera à leur distribuer blé et mélange tourterelles, ainsi que du granulé spécial pour grues.
Si le temps le permet, elles seront à partir du 14éme jour, placées dans des petits parquets extérieurs pendant la journée, mais il faudra les rentrer la nuit.
Dès que l'ossature de leurs articulations le permettra, elles seront baguées avec des bagues de 16 mm.
Vers l'âge d'un mois, elles seront progressivement mises au même régime que les adultes, et pourront rester totalement en extérieur.

Au niveau législatif, la grue demoiselle de Numidie est inscrite à l'Annexe Il de la Convention de Washington comme toutes les grues.

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