r bouquetColombidés exotiques et Tétras-Lyre, une cohabitation harmonieuse


Dans un précédent article, j'ai déjà évoqué le plaisir que cela me procure de faire cohabiter dans mes volières des espèces dissemblables. Actuellement j'ai un trio de Tragopans de Temminck (Tragopan temmincki) qui vit avec un mâle de Tétraogalle de l'Himalaya (Tetraogallus himalayensis), un couple de Perdrix Choukar (Alectoris chukar) et un couple de Perdrix rouges (Alectoris rufa). J'ai déjà fait vivre ensemble des Tétraogalles de l'Himalaya avec des Perdrix Choukar.

Mâle de Tétras-Lyre et mâle de Colombine Turvert : la différence de taille est impressionnante. (Photo & élevage Raymond Bouquet)
Mâle de Tétras-Lyre et mâle de Colombine Turvert : la différence de taille est impressionnante. (Photo & élevage Raymond Bouquet)

Abri pour les Tétras avec perchoirs (photo & élevage Raymond Bouquet)
Abri pour les Tétras avec perchoirs (photo & élevage Raymond Bouquet)
Et voici encore un exemple : J'aime beaucoup mes Tétras-lyre (Tetrao tetrix), qui sont de splendides oiseaux. J'en détiens quatre dans une grande volière.
Mais les Tétraonidés ne cohabitent absolument pas avec les Phasianidés, à cause des risques de contamination. Alors j'ai tenté de les faire vivre avec mes Colombines turvert (Chalcophaps indica). La volière forcément grande des Tétras offrait beaucoup de place, dont il est été dommage que les Colombes ne profitent pas.
Ma grande volière mesure approximativement 7 mètres de long, 4,50 mètres de large et 2,20 mètres de haut. Tout y était prévu pour le confort des Tétras. Le sol est en terre battue, le grillage à mailles de 11 mm évite l'intrusion des moineaux, et des arbustes y ont été plantés. Les Tétras disposent de deux sortes d'abris (voir photos) : l'un pour protéger les mangeoires et abreuvoirs, il est couvert et le sol est en bêton pour éviter que les aliments tombés ne soient souillés par la terre ; l'autre leur propose des perchoirs solides et couverts pour les protéger des intempéries. Le drainage est assuré par deux tranchées en diagonale dans la volière, remplies de gravier, capables de recueillir les eaux de pluies (ces dernières sont rares mais violentes dans ma région).
On voit bien ici l'orifice permettant le passage des Colombes pour entrer et sortir de leur volière (au-dessus de la tête du Tétras-lyre). Le Tétras est nettement trop gros. (Photo & élevage Raymond Bouquet)
On voit bien ici l'orifice permettant le passage des Colombes pour entrer et sortir de leur volière (au-dessus de la tête du Tétras-lyre). Le Tétras est nettement trop gros. (Photo & élevage Raymond Bouquet)

Mais comment ces deux oiseaux allaient-ils s'entendre ? En fait ils s'ignorent, ils sont si différents qu'aucune communication ne semble possible entre eux, et les Tétras n'ont aucun comportement de prédateurs vis-à-vis des Colombes. Mieux même, ils prennent garde à ne pas marcher dessus ! Mais leur grande taille en faisait des dangers potentiels pour les œufs des Turvert. Les nids des Colombidés sont si sommaires, qu'en se perchant sur la même branche un Tétras pouvait détruire la ponte sans même s'en rendre compte, du fait de la flexibilité de la branche porteuse du nid, qui projette les oeufs à l'extérieur de ce dernier.

Voici comment j'ai résolu ce problème : j'ai construit trois petites volières (environ 1,50 à 2 mètres de côté, et 2 m de hauteur) à l'intérieur de la grande. Ces volières sont entièrement grillagées et couvertes d'un toit. Elles comportent une petite ouverture qui permet aux Colombes d'entrer et de sortir à leur guise. J'ai disposé à l'entrée de chacune des petites volières une planchette horizontale sur laquelle les Colombes se perchent pour franchir l'orifice en marchant et s'envolent à nouveau une fois parvenues de l'autre côté. Les Tétras, beaucoup plus gros, ne peuvent pas y accéder. J'ai donc installé 3 couples de Colombes, chacun dispose d'une de ces volières pour y nicher et y élever ses jeunes. Les jeunes y
Abri avec les mangeoires des Tétras (photo & élevage Raymond Bouquet)
Abri avec les mangeoires des Tétras (photo & élevage Raymond Bouquet)
apprennent à voler. Ils ne peuvent en sortir que lorsqu'ils sont suffisamment agiles, donc capables d'éviter une collision avec les Tétras.

Je nourris mes Colombes avec du mélange "tourterelles" et de la pâtée insectivore. Or les Tétras en sont friands. Mais lorsqu'ils ont mangé il ne reste rien pour les Turvert. Je distribue donc la nourriture des Colombes dans une petite cage accrochée contre un mur de la grande volière à environ 1,60 mètre de hauteur et pourvue d'une ouverture assez petite pour empêcher que les Tétras ne leur volent leur alimentation. J'ai disposé le même système de planchette permettant aux Colombes de se percher dessus pour franchir l'orifice en marchant ; les Tétras beaucoup trop gros restent dehors. Lorsque je nourris mes oiseaux je donne aux Tétras les restes des Colombes.

Quant aux prélèvements que les Colombes pourraient éventuellement faire dans la mangeoire des Tétras-lyre, je n'y fais pas attention, avec une telle différence de taille ils sont négligeables ! De toute façon la nourriture des Tétras (granulés pour gibier, mélange Pigeon, tranches de pomme, très peu de salade, branches de bruyère, aiguilles de pin et toutes sortes de baies) ne paraît pas intéresser les Colombes.

Ce système respecte les besoins naturel de chacun : les Tétras disposent d'une vaste surface au sol à arpenter, et de quelques perchoirs. Les Colombes utilisent la volière des Tétras pour leurs ébats, tous les oiseaux étant mêlés, mais la nidification se fait dans les petites volières, chaque couple disposant alors de son territoire avec de nombreux perchoirs. La volière des Tétras est en fin de compte un terrain neutre que chaque Colombe doit traverser pour aller se nourrir. Mais ils y séjournent aussi pendant de longs moments. C'est probablement ainsi que
Groupe de Colombines Turvert dans la partie commune. (Photo Thierry Girod, élevage Raymond Bouquet) Les deux espèces de Colombes n'occupent pas les mêmes étages de la volière. (Photo Thierry Girod, élevage Raymond Bouquet)
Groupe de Colombines Turvert dans la partie commune. (Photo Thierry Girod, élevage Raymond Bouquet) Les deux espèces de Colombes n'occupent pas les mêmes étages de la volière. (Photo Thierry Girod, élevage Raymond Bouquet)
les Colombidés organisent leur vie sociale lorsqu'ils vivent à l'état sauvage. Mais j'ai la chance que cette espèce soit peu agressive avec ses congénères : avec d'autres Colombidés plus territoriaux il y aurait probablement une féroce compétition pour la domination de la grande volière.
Fin 2004 j'ai ajouté une espèce dans la volière: des Colombes versicolores (Geotrygon versicolor). Ce sont des Colombes de grande taille, qui ont peu à craindre des Tétras. Elles sont très calmes et sont des "colocataires" faciles. Et comme elles passent la plus grande partie de leur temps au sol, elles ne se gênent pas avec les Colombines turvert.
Au moment de la rédaction de cet article (début 2005), elles n'ont pas encore cherché à se reproduire. La grande volière qui les abrite leur offre quantité d'emplacements discrets pour y faire leur nid. Et elles peuvent accéder aux petites volières des Colombines turvert. J'espère qu'elles se plairont suffisamment dans cette volière, et qu'elles y nicheront.


NOTE DU CT3C : l'Arrêté interministériel du 10 août 2004 qui réglemente les élevages d'agrément d'animaux d'espèces non domestiques impose que la détention de Tétraonidés soit soumise à une autorisation d'ouverture d'établissement et que leur éleveur soit titulaire du certificat de capacité. Raymond Bouquet détient ses Tétras conformément à l'article 26 de cet arrêté, avec l'autorisation de la DDPP de son département.

Texte Raymond Bouquet (propos recueillis par Thierry Girod)

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