mulhousienLe pigeon d'utilité mulhousien


 Déjà au milieu du XVI° siècle, on trouvait dans les fermes alsaciennes, en particulier le sud (Sundgau), un pigeon d'un poids moyen, rustique et bien adapté aux sorties champêtres. Nous pouvons considérer ces pensionnaires qui animaient agréablement les journées de durs labeurs du fermier, comme les ancêtres de la race, améliorée par l'introduction du pigeon voyageur.

Nous devons la naissance de ce pigeon très prolifique à la création, dans l'année 1893, de la Société Ornithologique de Mulhouse. Son fondateur, le président Auguste Meyer - Brath qui, avec le croisement des meilleures races de rapport, a obtenu la seule race Haut-Rhinoise qui existe à ce jour. Au début du siècle, le Mulhousien se propage en Alsace-Lorraine. Même l'Allemagne porte le plus grand intérêt à son élevage. Amélioré par l'introduction du Lynx de Pologne, du Strasser, de l'Alouette de Cobourg et du pigeon voyageur le standard a pu être établi en 1907.mulhousien aquarelle


Auguste Meyer-Brath nous a quittés en 1912. Un compte-rendu détaillé a été écrit dans un article du livret "Nos pigeons de rapport. Edition Hachmeister Leipzig" paru dans les années 1913-1914.


La grande guerre de 1914-1918 a non seulement interrompu l'élevage, mais, également anéanti le résultat d'un travail laborieux d'éleveur. Monsieur Arthur Hueber, président d'honneur de la Société Ornithologique de Mulhouse, a décidé de reprendre, non sans difficulté, l'oeuvre commencée.


Un résultat positif a été obtenu par le juge Max Gebhart de Mulhouse, aidé par Edouard Frantz, Charles Buhat, Bruno Russel et Alphonse Wittner. Suite à la parution du nouveau standard, nous retrouvons à l'exposition de la Fédération, en 1921 à Mulhouse, des Mulhousiens en noir, bleu et blanc. On souhaitait surtout justifier le titre de "pigeon d'utilité Mulhousien" avec une production de 7 à 8 couples de jeunes annuellement, dont le poids varie entre 400 et 450 g prêts à cuire et dignes d'un repas de festivité.


Toutefois, d'après le "Le Petit Fermier", revue d'Alsace-Lorraine des années 1930, on s'efforce de valoriser la couleur, le dessin et la qualité de la plume. Le standard de 1937 est formel dans sa composition forme, couleur et dessin. Les textes étaient illustrés par des aquarelles du peintre A. Hoffmann de Mulhouse qui, avec une fidélité précise, a peint presque toutes les races de pigeons de l'époque. Après le conflit de 1939-45, on retrouve encore quelques Mulhousiens sur les expositions et ils restent, par la suite, pratiquement absents à nos expositions. Le "Petit Fermier" écrit en 1951 "Où sont restés nos pigeons d'utilité Mulhousiens ? Pratique-t-on encore son élevage ? existe-t-il encore des couples de reproduction ?".


Dmulhousien bleu aquarelleans l'année 1948, j'ai acheté dans le Sundgau, le long de la frontière suisse, des pigeons de ferme bleu écaillé, tout en ignorant, à l'époque, que c'étaient des Mulhousiens. Devenu, en 1958, membre du mouvement avicole et juge dans la section pigeon en 1966, on m'a confié la présidence du Pigeon-Club du Haut-Rhin en 1968.


On me parlait beaucoup du pigeon d'utilité Mulhousien. Le secrétaire du Club, Gérard Wittner m'avait donné un petit livre "Les Pigeons de rapport" reçu de son oncle Alphonse Wittner (1878--1968). Plus tard, en 1973, j'ai fait l'acquisition de nombreux livres, articles et revues qui m'ont permis de connaître davantage nos protégés.
Dans le cadre de nos expositions, je rencontrais toujours un ancien éleveur, très sympathique, Prosper Litzler qui, par hasard, m'a avoué élever depuis plus de 40 ans des Mulhousiens issus de l'élevage de Max Gebhart. A mon grand étonnement, je retrouvais dans sa petite maison à Spechbach le Bas, plus de 40 sujets en couleur noire avec d'excellentes formes et un bon lustre. C'était une vraie petite ferme avec plus de 300 animaux : lapins, pigeons, volailles et même des chèvres. Ceci m'a donné le courage de reprendre l'élevage d'un pigeon bien de chez nous et de le travailler dans la direction conforme au standard.


Lors de l'exposition du Pigeon-Club du Haut-Rhin, en 1975, à Mulhouse, il y avait 30 Mulhousiens du père Litzler en noir et de mon élevage en noir, argenté, meunier et rouge écaillé. Après une conversation avec des éleveurs allemands très intéressés, je me suis laissé convaincre et ils m'ont acheté tous les pigeons de couleur rouge et argenté.mulhousien2


Dans la même année (1975), je présentais le standard à la Société Nationale de Colombiculture dans une version réactualisée qui a été homologuée sans beaucoup d'objection.
Le père Litzler est, pour nous, un exemple ; il nous a quittés dans l'année 1990, à l'âge de 86 ans, dans sa petite maison, entouré de ses protégés. Maman Litzler nourrit encore actuellement, avec ses 89 printemps, ses volailles, lapins et environ 60 pigeons, dont la moitié sont des Mulhousiens noirs.


Dans les dernières années, on a retrouvé des Mulhousiens Prix d'Honneur aux expositions suivantes : salon de Paris, internationale de Metz, Strasbourg, Colmar, Belfort, Pigeon-Club du Haut-Rhin et Haguenau.


Avec la Poule d'Alsace et le Huppé de Soultz, le Mulhousien peut également faire le bonheur des éleveurs, d'autant qu'avec sa rusticité, sa vivacité et son attachement, son avenir est assuré.


Quelques conseils
Pour la régénération du Mulhousien, on peut introduire le Voyageur de demi-fond, du fait que les sélectionnés pour les longues distances deviennent de plus en plus petits.
Pour les noirs, je voyais souvent, en tant que juge, des petits Mondains bien lustrés. Les Lynx de Pologne noirs, assez répandus, donnent de bons résultats.
Chez les bleus, de petits Strasser, Mondain avec Voyageur et Alouette de Cobourg, peuvent être utilisés.
Chez les rouges, on a le choix entre le Carneau et le petit Mondain. On trouve aussi chez les éleveurs des Strassers unicolores.
J'ai obtenu de très bons résultats chez les argentés avec les Alouettes de Cobourg barrées ou écaillées. De préférence, choisir des reproducteurs courts et avec peu d'ocre sur la poitrine.
On trouve encore actuellement, dans les fermes, du bon pigeon bien en chair et plein de vigueur qui peuvent nous rendre service à exclure le pigeon de clocher et des villes, porteur de maladies.


Célestin Grunenberger
(Revue Avicole 1996)

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