Leporacanthicus galaxiasLes loricaires ou vivre sur le ventre


Les espèces de la famille des Loricariidae sont totalement ou en partie caparaçonnés par des plaques osseuses. Ils sont regroupés dans une famille riche en genres (118 dont 24 synonymes) et espèces. Cette famille est divisée en six sous-familles.

L'une de ces sous-familles, Lithogneinae Gosline, 1947 est monotypique avec une seule espèce et une seconde, Neoplecostominae Regan, 1904, ne compte qu'un genre et deux espèces. Ces deux sous-familles ont peu d'importance en aquariophilie car elle n'ont jamais été importées. Les quatre sous-familles restantes Hypostominae Kner, 1853, Ancistrinae Kner 1853, Hypoptopomatinae Eigenmann & Eigenmann, 1890 ainsi que les Loricariinae Bonaparte, 1831, regroupent au contraire, une multitude de genres et une déroutante abondance d'espèces selon le genre. Ainsi le genre Hypostomus, aussi connu sous son synonyme Plecostomus, renferme plus de 100 espèces décrites.

Acanthicus adonis
Acanthicus adonis
Par l'augmentation des espèces du genre Ancistrus, par leur « sociabilité » et la reproduction de plusieurs de ces espèces, les Ancistrinés ont pris plus d'ampleur au détriment des Loricariinés parmi les aquariophiles. Non seulement leurs mérites contribuent à limiter la croissance des algues ennuyeuses dans l'aquarium, mais la diversité de leur formes corporelles et la variété des patrons de coloration, principalement chez les mâles adultes, font que ces espèces sont très appréciées des aquariophiles. Leur totale innocence (sauf pour quelques plantes) et leur facilité de reproduction, toutefois relative, ont contribué à leur large popularité. Il règne une grande incertitude dans la détermination des espèces de certains groupes.
L'utilisation fréquente de cf. (confer = voir) de aff. (affinis = proche de) ou de numéros provisoires (LDA ou L) dans les taxa de diagnostic ne facilite pas la compréhension des aquariophiles.
Malheureusement, les révisions systématiques modernes - principalement menées par Isbrücker et Nijssen - ne concernent qu'une faible partie des 90 genres environ connus.
La répartition des Loricariidés se limite à la partie nord de l'Amérique du Sud et au sud de l'Amérique centrale. La plupart des espèces préfèrent les rivières et les fleuves et leurs variations saisonnières (formations de varseas et de lagunes temporaires).
Certaines espèces possèdent des systèmes de respiration annexe par l'estomac (Hypostomus, Pterygoplichthys) ou par une section de leur intestin (Otocinclus). Ces espèces peuvent donc survivre dans des eaux résiduelles pratiquement désoxygénées pendant la saison d'étiage.

Le caractère principal des Loricariidés est marqué par 3 à 4 rangées de plaques osseuses formant une cuirasse cutanée se rattachant directement à la carapace céphalique. Le corps et le pédoncule caudal sont plus ou moins aplatis dorso-ventralement.

Farlowella acus
Farlowella acus
Pour certains genres (Ancistrus, Hypostomus) la partie abdominale n'est pas caparaçonnée. La bouche est en position infère (ventrale), ouverte, elle forme plus ou moins un cercle entouré de lèvres fragmentées servant à la succion et donc au maintien de l'espèce sur le substrat, principalement en eau courante. Mauvais nageurs, les Loricariidés changent d'endroit par bonds vigoureux et rapides. La plupart du temps, ils se déplacent par un mouvement buccal caractéristique en alternant le déplacement de la lèvre supérieure puis inférieure. De plus, ils sont dotés d'aiguillons cutanés sur les premiers rayons des nageoires pectorales et ventrales servant d'ancrage supplémentaire sur le substrat. Le disque adhésif, formé par la bouche, permet encore la respiration à travers les branchies, souvent en position ventrale, malgré la succion au substrat. Toutes les nageoires, exceptée la nageoire caudale, possèdent une première épine renforcée qui, chez certaines espèces, pourra être prolongée par un filament plus ou moins long (Pterosturisoma, Lamontichthys).
La plupart des espèces ont des dents bien développées, spatuliformes ou bicuspides, bien adaptées à râper le bois et les algues. Seul chez quelques espèces, cette denture est fortement réduite. Pour certains genres la forme des dents constitue un caractère sexuel secondaire. Le mâle possède des dents spatuliformes ou élargies, alors que les femelles et les juvéniles possèdent des dents coniques (Loricariichthys, Hemiodontichthys). Plus exceptionnel parmi les poissons est la protection oculaire aux entrées lumineuses. Elle fonctionne non pas, comme habituellement, par la contraction de la pupille, mais par l'agrandissement d'une excroissance cutanée rentrant dans la pupille. Un fort dimorphisme sexuel permet (parfois) de distinguer les mâles des femelles ; par exemple les tentacules céphaliques (Ancistrus) , ou les « poils » (odontodes) de part et d'autre de la tête, sur les pectorales ou le dos (Dasyloricaria, Rineloricaria et Spatuloricaria) parfois sur tout le corps (Ixinandria) ou par de fortes épines sur les nageoires pectorales. Les espèces de grande taille (Pterygoplichthys, Hypostomus, Panaque et d'autres.) sont une nourriture populaire très appréciée dans leur pays d'origine. Beaucoup d'espèces sont proposées à la vente, particulièrement par les Indiens, sous forme de poissons séchés.
L'isolation géographique des Loricariidés, dans des régions au cours d'eau rapide, a favorisé l'émergence de nombreuses espèces au cours des temps géologiques. Ainsi des bassins de cours d'eau comme l'Ucayali ou le Huacamayo, par exemple, possèdent-il leur faune locale de Loricariidés.

Galeries creusées dans la rive argileuse du Rio Sambu (Darien, Panama) par les Loricariidés. Ici la montée des eaux est d’environ 2 mètres et est sous influence de la marée
Galeries creusées dans la rive argileuse du Rio Sambu (Darien, Panama) par les Loricariidés. Ici la montée des eaux est d’environ 2 mètres et est sous influence de la marée
La maintenance
La maintenance est relativement simple en aquarium. Les conditions sont : une bonne filtration de l'eau, une eau suffisamment oxygénée et claire, un éclairage atténué.
L'agencement du bac devra comporter impérativement des racines et des roches. Les espèces de taille moyenne à petite, toujours inoffensives, pourront cohabiter sans arrière-pensée avec d'autres petits poissons. La dureté de l'eau semble peu influencer les Loricariidés ( j'en ai capturé en eau sous influence marine !). L'alimentation devrait se composer, conformément à leur mode nutritionnel d'origine, d'au moins la moitié en fibres végétales et chez certaines espèces (Farlowella, Hypostomus) bien au delà. Ces espèces préfèrent les algues, mais consomment bien volontiers de la salade, des épinards et des choux de Bruxelles pochés. Mais les spirulines, aujourd'hui facilement disponibles sous forme de pastilles ou de floçons, semblent avoir aidé à combler certaines carences alimentaires. On peut encore élargir la palette de nourriture végétale en leur offrant des germes de blé ou de soja, des flocons d'avoine et toutes sortes de comprimés disponibles dans le commerce aquariophile. Lors de la maintenance et du nourrissage de l'aquarium, ces espèces consomment aussi des tubifex, daphnies ou d'autres nourritures carnées, poissons morts etc. mais il faut savoir que chez les Loricariidés, la longueur de l'intestin peut varier de 10 à 30 fois leur taille ce qui les classe manifestement parmi les végétariens stricts dans leur milieu naturel.
Certaines espèces des genres Ancistrus, Rineloricaria, Dasyloricaria, Sturisoma et Farlowella, sont relativement faciles à reproduire, pour d'autres espèces il s'agit souvent de reproductions dues au hasard.
Vue de la bouche d’un Hypostomus se nourrissant des algues fixées sur la face avant de l’aquarium
Vue de la bouche d’un Hypostomus se nourrissant des algues fixées sur la face avant de l’aquarium
A partir d'une taille de 15 cm, les mâles laissent apparaître leurs odontodes («poils») autour de la tête. Ils cohabitent avec des Discus et d'autres Loricariidés des genres Rhineloricaria, Planiloricaria et Pseudorinelepis dans un bac d'ensemble.
Quand ils ont atteint une taille de 18 cm, un mâle et une femelle se sont accouplés et ont pondu sur la glace frontale du bac. L'amas d'œufs est de 4 cm de large sur 10 cm de long. Les œufs ont un diamètre d'environ 1,8 mm de couleur ambre. Leur nombre d'environ 80. Le mâle a chassé la femelle puis est resté continuellement couché sur les œufs. Pendant toute la durée de la surveillance des œufs le mâle ne s'alimente pas. Dans un bac communautaire il est possible de protéger la ponte et le mâle à l'aide d'un demi pot de fleur fixé à la vitre par des ventouses. Les œufs éclosent après 140 heures d'incubation. Dans un grand bac, ceux-ci doivent être siphonnés après 130 heures afin d'éviter la dispersion des alevins dans le bac et placés dans un autre, plus petit, d'environ 50 à 70 litres. A ce stade, le chorion de l'œuf est prêt à éclater, ce qui se passe pour la plupart des œufs au moment de les siphonner. Placés dans un bac plus petit, les alevins résorbent leur sac vitellin assez volumineux en deux jours. Le troisième jour, il faut commencer à les nourrir. Les premières pontes signalées dans la littérature aquariophile n'ont pas été une réussite. La plupart des alevins sont morts d'inanition par manque de nourriture adéquate. La peau de banane séchée et la spiruline en poudre fine semblent être la clé de la réussite. Avant de sécher la banane, il faut retirer tout le blanc fixé à la face interne de la peau à l'aide d'un couteau. Par la suite le complément de nourriture a été composé de micro vers puis de vers Grindal. Les alevins ont atteint une taille de 3,5 cm en trois mois.

Présenté dans un salon aquariophile international (Taïwan international aquarium expo) à Taïpei (Taïwan) ce Panaque (Panaque suttonorum) de 60 cm est, selon son propriétaire âgé de 200 ans ! Plus sérieusement, les spécialistes de la famille des Loricariidae estime son âge à 60 ans ce qui est déjà beaucoup plus raisonnable. Source Praktical fishkeeping : http://www.practicalfishkeeping.co.uk/content.php?sid=5338
Présenté dans un salon aquariophile international (Taïwan international aquarium expo) à Taïpei (Taïwan) ce Panaque (Panaque suttonorum) de 60 cm est, selon son propriétaire âgé de 200 ans ! Plus sérieusement, les spécialistes de la famille des Loricariidae estime son âge à 60 ans ce qui est déjà beaucoup plus raisonnable. Source Praktical fishkeeping : http://www.practicalfishkeeping.co.uk/content.php?sid=5338
A ce régime, une propreté impeccable doit régner dans le bac de croissance. Le fond du bac doit être nu, une ou deux petites racines de tourbières complètent l'installation. La filtration est assurée par un filtre interne en mousse apparente (très important) car les alevins vont régulièrement brouter sur la mousse (micro algues ?, infusoires ? ). Un quart de l'eau est changé chaque jour tout en siphonnant le fond du bac. La mousse du filtre ne doit pas être rincée. On pourra les laisser dans ce genre de bac jusqu'à une taille de 6 cm.
Sturisoma panamense est un Loricariidé paisible et calme. Il se prête très bien à la maintenance en bac communautaire d'une longueur supérieure à 80 cm et où l'eau sera de bonne qualité. Mais ce sont toutes ces petites astuces qui font la réussite d'une reproduction à terme.


Bibliographie
Burgess, E. W. An Atlas of Freswater and Marine Catfishes. 1989. Ed. TFH Neptune city NJ. USA pp.784
Montoya-Burgos & al.. in Malabarba & al., 1998 Phylogenetic relationships of the Loricariidae (Siluriformes) based of the mitochondrial rRNA gene sequences : 363-374 Edipurcs Porto Alegre.
Rapp Py-Daniel, L. H. & E. C. Oliveira 2001 Seven new species of Harttia from the Amazonian-Guyana region (Siluriformes: Loricariidae) Ichthyol. Explor. Freshwaters, Vol. 12, N° 1 : 79-96.


Photo entête : Leporacanthicus galaxias
Texte et photos : Robert Allgayer - Fédération Française d'Aquariophilie

Leporacanthicus galaxias

 

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