r bouquetRencontre avec un amateur éclairé


 Lors de notre premier contact (au téléphone) j'avais suggéré à notre nouvel adhérent Raymond Bouquet, éleveur amateur de Galliformes depuis des années, d'écrire des articles sur les espèces qu'il élève et qu'on voit rarement en exposition.

 r bouquet faisanIl m'a proposé de venir nous rendre visite sur le stand du CT3C pendant le Championnat Régional du Sud-Est (Région 13) à Palavas-Les-Flots le 23 novembre 2003. A son arrivée, je pensais préparer avec lui un article sur chacune des nombreuses espèces qu'il élève ou a élevé. Mais son érudition, son expérience, son enthousiasme et sa verve sont tels que les heures ont passé, et qu'au moment de nous séparer nous en étions encore aux généralités ! " Pour faire de l'élevage amateur, il faut aimer les animaux pour eux-mêmes sans chercher le profit " énonce en préambule Raymond Bouquet. Le ton est donné. Je croyais mener une " interview ", je me retrouve comme un étudiant prenant des notes face à un professeur passionné et passionnant ! En voici le résultat : Raymond Bouquet : " J'élève ou ai élevé toutes sortes de Galliformes, et d'autres espèces d'oiseaux. Certaines espèces ayant en France le statut de gibier, j'ai demandé, et obtenu, de l'administration, l’agrément nécessaire. Cela n'est pas indispensable pour détenir ces espèces, mais comme j'ai le statut d'éleveur de gibier je peux transporter mes oiseaux, par exemple pour participer à quelques expositions*. J'utilise les bagues délivrées par une fédération d'" aviculture ", mais également d'autres provenant d'une association d'éleveurs d'oiseaux de parc et de (grande) volière, grâce à qui je peux identifier mes produits avec mon numéro de souche. Voici quelques conseils que j'espère utiles, ils sont le fruit de mon expérience :

AVANT L'ACQUISITION DES OISEAUX, une documentation bibliographique s'impose, pour bien connaître la biologie des espèces qu'on souhaite élever. Parfois on peut être amené à modifier ses projets, si l'on s'aperçoit qu'on n'est pas en mesure d'offrir à l'espèce considérée les conditions de vie dont elle a besoin. Il faut se renseigner sur l'aire de répartition naturelle de l'espèce, le pays, la région, le type de climat, l'altitude, la nature du sol et de la végétation, bref le biotope. Il faut prendre en compte les conditions de climat de la région dans laquelle on habite, pour connaître les contraintes éventuelles qu'elles peuvent imposer aux oiseaux (température, humidité ...). Il faut connaître l'alimentation de l'oiseau dans la nature, ses besoins, mais aussi rechercher des informations sur sa reproduction et ses mœurs (solitaire ou grégaire, monogame ou polygame, durée de l'incubation, etc....). Si possible connaître les compatibilités entre espèces est très utile. D'un point de vue vétérinaire, connaître les principales maladies parasitaires et leur prévention permettra d'éviter les problèmes ultérieurs.

CHEZ L’ÉLEVEUR
Lorsqu'on a arrêté son choix, on se met à déjà de prendre conscience des différences régionales et climatiques que les oiseaux devront supporter, et auxquelles il faudra les aider à s'adapter. Et puis il faut bien connaître les méthodes de l'éleveur. Que donne-t-il à manger à ses oiseaux ? Quels aliments (naturels et artificiels), quand et pourquoi ? Où les loge-t-il ? Comment les amène-t-il à se reproduire ? etc.
Pour ma part, je me procure toujours auprès de l’éleveur 25 à 30 kg d'aliment qu'il utilise, et conserve précieusement la fiche technique. En effet s'il n'est pas toujours possible de se procurer le même aliment (en particulier lorsque les animaux proviennent de l'étranger), on peut au moins chercher la composition la plus proche. Tout ceci a pour but de réduire au maximum les différents changements que les oiseaux devront subir.

L’ARRIVÉE A LA MAISON est une source importante de stress pour les oiseaux qui ont déjà dû supporter le voyage. En effet le transport leur cause un stress (perturbation du rythme quotidien, peur, changements brusques de température, secousses, diminution de l'abreuvement et de l'alimentation,...). Et à l'arrivée le stress est encore là : peur de l'environnement inconnu, difficulté à trouver les mangeoires et abreuvoirs, réflexes de fuite retardant la recherche de l'eau et de la nourriture. Bref, l'organisme souffre. Et le stress entraîne r bouquet faisan2automatiquement un affaiblissement des défenses immunitaires. Les microbes et les parasites, que l'oiseau portait en lui mais que son immunité parvenait à contenir, risquent de prendre le dessus. Très souvent les amateurs perdent leurs oiseaux dans les jours suivant l'introduction dans leur élevage. Ils croient que les oiseaux étaient déjà malades. Je pense plutôt que c'est un problème d'acclimatation : c'est le stress qui les a affaiblis, et ensuite n'importe quelle maladie, profitant de l'occasion, a causé leur mort. Pour ma part je traite systématiquement les oiseaux que je soumets à un déplacement, même sur une courte distance. Avant le départ, je donne à mes oiseaux un anti-coccidien. J'utilise APPERTEX*, qui a l'avantage d'être en comprimés : ainsi je fais avaler le médicament à l'oiseau, cela permet un traitement individuel, et au moins je suis sûr que le sujet visé a bien reçu son médicament. Et puis je donne à mes oiseaux un mélange de vitamines, d'acides aminés et d'oligo-éléments. J'utilise DUPHAMIX* SD, qui est indiqué chez les volailles lors de situation critique et en particulier de stress. Lors d'un déplacement avec exposition, je traite quatre jours avant, durant toute l'exposition, et cinq jours après le retour, pour les espèces les plus fragiles et sauvages. Par ce moyen, je pense que je réduis considérablement les pertes pendant l'acclimatation des oiseaux.
Comme je l'ai déjà exposé je fais en sorte que les changements subis par les animaux soient les plus progressifs possibles. Voici comment je procède avec la nourriture :
- je conserve l'aliment d'origine pendant 3 à 4 semaines
- puis je donne 20% de mon aliment mélangé à de l'aliment d'origine pendant 15 jours
- puis 50% de mon aliment mélangé à 50% de l'aliment d'origine pendant 15 jours
- puis 75 de mon aliment mélangé à 25% de l'aliment d'origine pendant 15 jours
r-bouquet perdrix- enfin je passe définitivement à mon aliment.

MES CONDITIONS D’ÉLEVAGE
Comme j'habite le sud de la France, je peux facilement élever en plein air. Les oiseaux sont plus beaux, de plus la vie à l'air libre réduit les risques de maladie respiratoire. Je les garde dans de grandes volières sur terre battue, plantées d'arbustes et couvertes de grillage à petites mailles (11 mm) pour éviter la visite des Moineaux gourmands et porteurs de maladies. Les volières contiennent deux sortes d'abris : le premier abri avec sol béton pour déposer les abreuvoirs et mangeoires afin que la nourriture qui tombe ne soit pas souillé par la terre, le second pour se mettre à l'abri et se percher (voir photo).
Mon grand plaisir est de les apprivoiser, et de faire cohabiter plusieurs espèces. Réussir cette cohabitation en volière est tout un art, qui requiert de bien étudier les caractères des espèces concernées. Attention, ne pas se fier à la taille, certains oiseaux de petite taille se révèlent dangereux même pour des plus gros. Il est plus facile de parvenir à les faire cohabiter lorsque les sujets ont grandi ensemble. Comme j'élève le plus souvent en incubateur artificiel (bien que certaines de mes femelles couvent très bien), je peux habituer les oiseaux à vivre ensemble dès leur naissance si je le désire. Pour faire coexister pacifiquement des adultes d'espèces différentes qui ne se connaissent pas, il faut attendre l'automne (à l'arrêt de la reproduction, l'agressivité diminue en même temps que la pulsion sexuelle), et placer les deux couples (voire les deux trios) en même temps dans une volière qu'ils ne connaissent pas (terrain " neutre "). Pour ma part je mets toujours des trios pour éviter qu'en cas de mortalité d'une femelle le mâle ne se trouve seul et ne devienne agressif, comme je l'ai souvent observé. (S'il s'agit d'une espèce monogame, si les deux femelles vivent j'en enlève une plus tard lorsque j'ai la certitude que tout le monde va bien. Mais il faut toujours enlever la seconde femelle avant la saison de reproduction, sinon ce sont les deux femelles qui risquent de se battre !) Et je leur donne le traitement anti-stress déjà cité (anti-parasitaire + vitamines + acides aminés + oligo-éléments), une semaine avant pour les préparer au regroupement, et deux jours après, ensuite une semaine sur deux pendant un mois. (A ce propos attention au VITAVIL AMINE* : c'est un mélange de vitamines et d'acides aminés, c'est un bon produit qu'on peut utiliser, mais pas dans ce contexte car je trouve qu'il excite les oiseaux, j'ai peur qu'il réveille leur agressivité. En général je parviens à les faire cohabiter, mais il faut toujours bien surveiller. Actuellement j'ai un couple de Tragopans de Temminck (Tragopan temmincki) qui vit avec un couple de Perdrix Choukar (Alectoris chukar) et un trio de Perdrix rouges (Alectoris rufa). J'ai déjà fait vivre ensemble des Tétraogalles de l'Himalaya (Tetraogallus himalayensis) avec des Perdrix Choukar. Et puis il y a les irréductibles, ainsi je n'ai jamais réussi à faire cohabiter un couple de Faisans vénérés (Syrmaticus reevesi) avec une autre espèce : ces oiseaux sont des tueurs que je garde isolés. J'ai eu aussi des déboires avec la Colombine longup (Ocyphaps lophotes), elle attaquait les Faisans, j'ai dû les séparer ! Au passage je signale que je retrouve cette différence d'agressivité selon les espèces lors de la formation des couples : un mâle de Perdrix Choukar (Alectoris chukar) est capable d'agresser toutes les femelles qu'on lui présente (au risque de les tuer si on ne les retire pas à temps) avant d'en accepter une, alors que les mâles de Perdrix Philby (Alectoris philbyi) ne me posent pas de problèmes etc bouquet faisan3 acceptent en général la femelle que je leur présente. Il s'agit d'un oiseau très sociable que j'associe quelquefois à des jeunes d'autres espèces (du même âge) qui éprouvent des difficultés à se nourrir. On observe de telles différences pour tous les oiseaux.
J'essaie également d'habituer mes oiseaux à ma présence et à celle de mes deux chiens Boxers. Ainsi j'ai un mâle de Tétraogalle de l'Himalaya (Tetraogallus himalayensis) parfaitement apprivoisé (voir photo). Beaucoup de mes oiseaux viennent à ma rencontre quand je pénètre dans leur volière, car ils sont habitués à recevoir des friandises, et du coup ils acceptent le contact. Et je les habitue à rencontrer des enfants, ce qui est pour ces derniers une expérience inoubliable. Quant à mes chiens, ils sont prêts à tuer n'importe quel animal étranger, mais respectent mes oiseaux. Pour qu'ils fassent connaissance et acceptent les nouveaux venus, je place ces derniers dans une cage à même le sol dans mon jardin, et reste un long moment à côté de ladite cage avec mes chiens en leur parlant. Ensuite je laisse ce petit monde seul pour le reste de la journée, en surveillant de temps en temps. Après quoi je lâche les oiseaux en volière, et il n'y a plus de problème. J'ai eu un Tragopan en 1985 qui se perchait sur mon Pointer ou se faufilait entre ses pattes sans que le chien ne réagisse !
Je nourris mes oiseaux avec des granulés STARGIB pour gibier, " entretien " ou " reproduction " selon les saisons, auxquels j'ajoute des aliments frais en fonction de leurs besoins spécifiques.
J'attache une grande importance à la propreté et aux traitements anti-parasitaires, raison pour laquelle, à chaque entrée de volière, j'ai suspendu une paire de sabots de jardin, qui n'est utilisée que pour cette dernière et désinfectée fréquemment.
Mes oiseaux, occasionnellement, sont transportés dans ma camionnette, que je désinfecte avec PROPHYL* 75 en même temps que le casier de transport à chaque départ et retour.
En ce qui concerne mes œufs et couveuses, je les désinfecte en même temps au FUMI*.
Le sol en terre battue nécessite un entretien soigneux, car il y a un risque sérieux de contamination des oiseaux. C'est également pour cette raison que je ne fais jamais visiter mon élevage.
Mesr bouquet voliere volières ont toutes une partie cimentée couverte pour l’hygiène de la nourriture et de la boisson.
Dans ma région nous avons de longues périodes de sécheresse, durant lesquelles le sol devient très dur. Cela nécessite des précautions particulières, en particulier d'arroser abondamment pour une bonne pénétration des produits. Voici comment je procède :
Toutes mes volières ont une communication avec une " volière libre " destinée à recevoir les oiseaux des volières en cours de désinfection. A chaque changement d'occupants provisoires, je désinfecte la " volière libre " à l'eau de javel.
Pour les volières en tant que telles :
- la veille j'arrose le sol avec de l'eau.
- j'enlève la couche superficielle de sable et de fientes
- je griffe profondément le sol, pour permettre une bonne pénétration du produit
- j'arrose avec le désinfectant deux à trois fois en 24 heures.
- je veille à ne pas laisser se former de flaque de produit en piquetant le sol pour un écoulement plus rapide
- j'égalise
- j'étale une nouvelle couche de sable, que j'arrose également d'eau de javel.
Environ deux fois par an, aux périodes les plus propices au développement des maladies (humidité, chaleur), je retire les oiseaux et je traite avec PROPHYL*75, qui est un désinfectant (contre bactéries, virus et champignons). Il faut diluer 50 ml de produit dans 10 l d'eau, et répandre (la dose théorique est de 0,250 l par m2). Avec ce produit, il faut attendre au moins 48 heures avant de remettre les animaux.
Environ trois mois après ce traitement, je recommence en utilisant des produits utilisables en présence des oiseaux : soit une solution de sulfate de fer, soit l'eau de javel (environ un berlingot d'eau de javel pour 20 litres d'eau).
Mes volières sont couvertes de grillage, donc elles reçoivent les pluies, qui peuvent être violentes en Languedoc. De plus le type de sol que nous avons dans la région risque de favoriser la formation de flaques après les fortes pluies. J'ai donc imaginé un système de drainage : dans chaque volière, j'ai creusé deux tranchées, en diagonale, d'environ 30 à 40 cm de largeur et 50 cm de profondeur. L'eau en excès s'y accumule. Et comme je les ai remplies de gravier, la surface est à peu près sèche. Lorsque je traite le terrain par arrosage, j'insiste beaucoup sur ces tranchées pour que le désinfectant y pénètre bien jusqu'au fond.
r bouquet faisan4jpgJe traite préventivement tous mes oiseaux contre les vers, la coccidiose et la trichomonose. Je traite contre la coccidiose tous les trimestres en changeant de produit à chaque fois. Parmi les médicaments utilisables, je peux conseiller COCCILYSE* contre la coccidiose, et TRICHOLYSE* contre la trichomonose, les deux s'utilisent dans l'eau de boisson. Si malgré tout j'ai un oiseau malade, j'isole le sujet malade pour le traiter avec des cachets et déplace momentanément les autres sujets présumés contaminés dans une volière conçue à cet effet. Il s'agit d'une grande volière très aérée construite sur une dalle de béton ce qui permet de nettoyer et désinfecter quotidiennement avec un maximum d'efficacité. Je traite tous les autres sujets de la volière (qui sont présumés contaminés) dans l'eau de boisson. Sachant qu'un oiseau malade risque de manger et de boire moins, je lui administre de préférence des médicaments en comprimés que je lui fais avaler (exemple : APPERTEX*), ainsi je suis sûr de la dose qu'il reçoit.
Actuellement je suis en train de réduire la taille de mon élevage, pour raison de santé. Mais j'ai encore des projets. Ainsi je vais essayer de faire cohabiter deux couples de Tétraogalles de l'Himalaya avec mes Tragopans de Temminck et mes Perdrix. "


Merci à Raymond Bouquet pour ce témoignage, voici une somme d'informations importantes, dont les éleveurs sauront tirer profit. J'espère que nos prochaines rencontres produiront d'autres articles aussi précieux.

Cet article est extrait, avec autorisation, de la revue du club technique colombes, cailles et colins, qui publie régulièrement des informations de qualité dans la revue de l'Union ornithologique française
* La nouvelle règlementation semble avoir modifié la situation : lire à ce propos le numéro de novembre 2004 des " Oiseaux du Monde " (note du CT3C). Rubrique CT3C

 Texte Thierry Girodd
Cet artiucle est articles ci-dessous est extrait de la revue du Club Technique des Colombidés, Cailles et Colins (www.ct3c.fr.st) et de la revue de l'UO

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