r bouquet enfantRaymond Bouquet : expériences d'éleveur


Eleveur amateur de galliformes et autres oiseaux, Raymond Bouquet n'a qu'une envie : partager son expérience.

Je suis un éleveur amateur de Galliformes et autres oiseaux. Je pratique mon hobby dans le sud de la France, depuis avril 1978.
Je détiens et élève toutes sortes d'oiseaux depuis si longtemps que je pourrais écrire un livre rien qu'avec des anecdotes, dont la plupart sont basées sur la cohabitation et le contact avec l'homme. Dans le but d'être utile aux plus jeunes, voici quelques histoires qui me sont arrivées. Je trouverais dommage que toute cette expérience se perde.

Des couveuses assidues
Nous autres, éleveurs d'oiseaux nidifuges, nous avons la chance de pouvoir élever artificiellement.
Cela permet de standardiser les conditions d'élevage (température, hygrométrie, alimentation,...), nous pouvons regrouper les naissances, et d'autres part les femelles délivrées du souci de la couvaison pondent davantage. C'est très bien, mais n'allez pas croire que nos oiseaux soient incapables de se reproduire naturellement. Les instincts sont là, et ne demandent qu'à R bouquet couvaisons'exprimer dès lors que les animaux disposent d'assez de place et d'endroits discrets pour y cacher leurs œufs. Mieux même, étant souvent apprivoisés ils sont plus confiants et s'occupent mieux de leur nichée. Ainsi en ce moment j'ai une femelle de Perdrix Chukar (Alectoris chukar) tellement apprivoisée qu'elle couve aussi assidûment qu'une Poule ! Et je peux l'utiliser comme mère adoptive pour d'autres oiseaux. Il m'arrive de lui confier des nouveau-nés sortis d'un incubateur artificiel, elle les adopte sans problème. Ainsi en 2004 elle a élevé un jeune Tragopan de Temminck (Tragopan temmincki) avec ses 5 petits. Voici un autre souvenir amusant : En 1979, lorsqu'on ne parlait pas encore d'espèces protégées, j'avais des Faisans de Swinhoe (Lophura swinhoii)*. Et un jour une femelle avait décidé de couver. Mais elle avait choisi le même emplacement qu'une femelle de Perdrix rouge (Alectoris rufa). Le différend aurait pu se régler par la violence, mais les deux couveuses décidèrent de s'ignorer. Elles se poussaient bien un peu, mais dans l'ensemble leur cohabitation restait pacifique. Évidemment la Poule faisane était avantagée par sa taille, mais la Perdrix ne s'en laissait pas conter. Théoriquement chacune couvait ses propres œufs. Lorsque l'une des deux s'absentait pour une courte période, l'autre bien sûr s'installait en maîtresse sur le nid : cela allait de soi pour la faisane, mais la pauvre Perdrix était incapable de recouvrir toute la ponte !!! On la voit sur la photo faisant de son mieux. Dans tous les cas leur entêtement permit à chacune de mener à bien sa nichée : après l'éclosion des poussins (trois de Perdrix rouge et quatre de Faisan de Swinhoe), j'ai séparé les deux familles.

r bouquet pigeon couvaisonL'histoire de Moïse
Un jour, en 1982, je trouvai un oeuf pondu un peu tard dans une de mes volières. La saison de reproduction était terminée, et je ne voulais pas rallumer un incubateur artificiel pour un seul œuf. A cette époque j'avais un couple de Pigeons domestiques de race, très bons reproducteurs, en couvaison. Alors je plaçai l’œuf dans leur nid. Ces oiseaux, très apprivoisés, à qui j'avais donné l'habitude de prendre et remettre leurs œufs dans le nid, ne parurent pas s'offusquer de devoir soudain couver trois œufs au lieu de deux, ni de la différence de taille ou de couleur. Mais à l'éclosion du poussin, ils ne savaient plus quoi en faire ! Le nouveau-né était un Faisan doré (Chrysolophus pictus), donc il était couvert de duvet bouffant, il voyait, marchait, picorait et gazouillait. Mes Pigeons ne connaissaient que leurs propres jeunes, qui étaient presque nus, aveugles, sans force, et silencieux, les premiers jours. (voir photos). Ils ne pouvaient plus s'occuper du rescapé (que ma femme et moi avions appelé Moïse). J'ai donc tenté de le confier à une poule naine, espèce mieux adaptée à ce type de bébé nidifuge. La brave Poule a bien voulu de Moïse et lui a servi de maman le temps qu'il a fallu. Bien entendu, Moïse, élevé en " enfant unique ", était parfaitement apprivoisé. En devenant adulte, il s'est révélé être un mâle. Comme on le voit sur les photos, il était de couleur " isabelle ". Fort de son statut de " chouchou ", rien ne lui faisait peur, et il imposait son autorité à tous les autres mâles de Phasianidés de la volière. Mais les évènements m'ont contraint à détenir moins d'oiseaux, et j'ai donné Moïse à un ami. Quatre ans plus tard, cet ami, obligé de s'absenter, me confie la garde de Moïse pour quelques temps. A peine arrivé, Moïse reprenait ses habitudes chez nous comme s'il était parti seulement la veille, et il se remit aussitôt à imposer son autorité à ses colocataires ! N'importe quel autre oiseau se serait montré dépaysé au moins quelques jours, mais lui n'avait rien oubliè, et a repris instantanément son ancienne place. Cela prouve bien que les oiseaux aussi sont capables de mémoire, même les espèces les moins réputées comme un " simple " Faisan. Du coup, le voyant tellement " chez lui ", j'ai obtenu de mon ami, qui manquait de place dans ses volières, l'autorisation de garder Moïse. Il est mort chez moi, longtemps après, à l'âge de 13 ans.

Des Tragopans apprivoisésr bouquet appa photo
r bouquet visite enfant3r bouquet visite enfantJ'aime que mes oiseaux soient en confiance, alors dans la mesure du possible je les apprivoise. La gourmandise naturelle des Phasianidés m'aide beaucoup. C'est ainsi que j'ai habitué mon couple de Tragopans de Temminck (Tragopan temmincki) à recevoir des friandises lorsque je pénètre dans leur volière. Je leur offre des fruits, principalement de la pomme. Lorsque j'ai commencé ils étaient encore jeunes, et en plumage juvénile. Aujourd'hui, conditionnés, ils s'avancent vers toute personne qui rentre dans leur volière, recherchant le " cadeau " habituel. Lorsque je reçois des invités, surtout des enfants, je leur propose de nourrir à la main ces oiseaux magnifiques : la première précaution concerne l'ouverture de la porte, car ils n'ont aucune appréhension et s'avancent en confiance : j'ai r bouquet visite enfant2toujours peur d'en perdre un ! Une autre précaution indispensable est de revêtir un habit adapté, parce que mes oiseaux n'hésitent pas à se percher sur les visiteurs pour mendier, et alors gare aux taches ! On voit sur la photo que Pierre Lopez a pu photographier la femelle de très prés, car elle se souciait surtout de savoir si l'appareil photo était comestible, et n'avait aucune peur de lui !
En conclusion j'espère que mes expériences pourront être utiles à d'autres amateurs, je crois que toutes les informations sur les oiseaux de volière sont bonnes à prendre, elles font progresser nos connaissances et nous rendent plus efficaces dans notre hobby.

*Note du CT3C : actuellement le Faisan de Swinhoe (Lophura swinhoii) est classé en Union Européenne en annexe A.

Raymond Bouquet

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