depeche veterinaireNon, l'abattage des animaux n'est pas une barbarie !


Les scènes filmées par l'association L214 montrent des pratiques révoltantes et barbares dans les conditions d'abattage des animaux. Loin d'être représentatives des pratiques quotidiennes au sein des abattoirs, elles montrent le pire de ce qui peut se produire.
Le Président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France (FSVF) et le Président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire (SNISPV) font paraître une tribune libre dans "La dépêche vétérinaire".

Tribune publiée le 27 avril 2016 et reproduite avec l'aimable autorisation de "La dépêche vétérinaire"


Non, l'abattage des animaux n'est pas une barbarie!

Les scènes filmées par l'association L 214 montrent des pratiques révoltantes et barbares dans les conditions d'abattage des animaux. Loin d'être représentatives des pratiques quotidiennes au sein des abattoirs, elles montrent le pire de ce qui peut se produire.

Ces vidéos servent en réalité un objectif précis : décourager les consommateurs de viande et, au-delà, discréditer tout usage de produits animaux en s'appuyant sur l'antispécisme, courant philosophique tourné vers la lutte contre les discriminations entre l'espèce humaine et les autres espèces animales. Chacun est libre de ses opinions, de son mode de vie et du choix de ce qu'il souhaite mettre dans son assiette.

S'agissant de l'abattage des animaux, le respect des règles prévues pour éviter toute souffrance inutile est une exigence légitime de l'ensemble de nos concitoyens. Au-delà des images montrées par cette association, liées à des comportements individuels inacceptables, la mise en lumière de ces actes de cruauté nous oblige cependant à reconnaître que, malgré l'adoption de textes toujours plus détaillés et exigeants dans le domaine du bien-être animal, de graves manquements continuent à se produire dans certains établissements français d'abattage.

Dans ces conditions, comment agir pour garantir plus efficacement le respect des règles visant à éviter toute souffrance inutile des animaux au moment de leur abattage ?

La première piste à explorer consiste à créer les conditions d'un meilleur respect des règles par les opérateurs dans les abattoirs. Il faut pour cela des ouvriers bien formés et en nombre suffisant au poste le plus difficile sur le plan humain dans un abattoir : celui de la mise à mort des animaux.

Dans le cas de l'abattoir de Mauléon, compte tenu de la surcharge d'activité liée aux fêtes de Pâques, les ouvriers devaient travailler plus de 12 heures par jour, 6 jours par semaine. Il doit être bien difficile de conserver sa part d'humanité et sa lucidité dans ces conditions... Comme l'a reconnu le directeur de l'abattoir en parlant de ses employés : "Si on travaillait plus sereinement, ils ne commettraient pas ce type d'action ".
Par ailleurs, l'installation de dispositifs de vidéosurveillance dans ce lieu le plus isolé d'un abattoir aurait certainement un effet dissuasif à l'égard de certains employés et permettrait au responsable de l'abattoir de détecter des comportements déviants.
La seconde action à mettre en place vise à renforcer la place des vétérinaires, professionnels de la santé animale naturellement et profondément attachés au bien-être animal. Les vétérinaires inspecteurs assurent avec les techniciens et les préposés une présence permanente dans les abattoirs et réalisent une inspection sanitaire systématique de tous les animaux, avant et après leur abattage. S'agissant des conditions de mise à mort des animaux, il n'y a pas d'inspection permanente : les contrôles des services vétérinaires sont ponctuels et organisés de façon inopinée.

Affaiblis par d'importantes réductions d'effectifs ainsi que par des réformes inadaptées à l'exercice de missions régaliennes de surveillance et de contrôle de la chaîne alimentaire, les services vétérinaires de l’État ne peuvent faire face à l'ensemble de leurs missions, malgré le renforcement récent de leurs moyens décidé par le gouvernement.

La mise en place de moyens suffisants, associée au renforcement des sanctions administratives et pénales, permettrait de veiller à une meilleure application des textes et d'agir de façon plus dissuasive à l'égard des établissements en infraction.

Le dernier point porte sur une nécessaire transparence vis-à-vis du citoyen consommateur.Transparence des résultats des contrôles effectués par les agents des services vétérinaires de l’État. Transparence également sur les pratiques dans les établissements d'abattage, par la mise en place de comités d'éthique associant la société civile, tels que suggérés par le SNISPV.

Ces comités permettraient d'associer aux responsables des abattoirs et des services officiels de contrôle des vétérinaires experts, des représentants des éleveurs, des bouchers, des associations de protection animale et des élus afin de mieux faire connaître les pratiques d'abattage et de contribuer à leur amélioration.

Pour les consommateurs, la transparence devrait également concerner le mode d'abattage des animaux (avec ou sans étourdissement préalable), afin de pouvoir choisir en toute connaissance de cause.
Le plan d'action national en faveur du bien-être animal annoncé par le ministre de l'agriculture répond largement à ces objectifs. Il s'inscrit dans la démarche agro-écologique qui vise à développer des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement, de la santé ainsi que du bien-être animal. C'est aussi la condition du retour de la confiance de nos concitoyens dans leur alimentation.

Il suffit maintenant d'agir de façon déterminée et dans la durée : en serons-nous collectivement capables ?


 Benoît ASSEMAT : Président de la Fédération des Syndicats vétérinaires de France - FSVF

Laurent LASNE - Président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire - SNISPV

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