L'avis du professeur Denis, Professeur à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes Président de la Société d'Ethnozootechnie


Procurer aux animaux un certain bien-être et les respecter pour ce qu'ils sont, à savoir des partenaires de l'homme, quelle que soit l'utilisation qui en est faite, est un devoir d'humanité.
Le problème est que la définition du bien-être animal et de la nature du partenariat échappent en partie à l'objectivité, ce qui ouvre la porte à toutes les dérives. On sait notamment que, sous couvert de protection, certains mouvements visent au retour à un soi-disant végétarisme primitif et veulent "libérer" totalement l'animal de l'emprise de l'homme.
Aucun éleveur ou zootechnicien ne peut admettre qu'il y ait là "protection" de l'animal. Il s'agit en réalité d'un combat philosophico-religieux - qui pourrait d'ailleurs mériter le respect s'il s'affichait clairement - et qui vise à revenir au panthéisme primitif.

Il n'est pas possible de faire de l'élevage sans aimer les animaux. Selon la sociologue Véronique Soriano, apprendre à élever les bêtes, c'est apprendre à aimer les bêtes. Si certains éleveurs se sentent mal à l'aise dans le contexte dans lequel ils sont contraints de travailler (élevages industriels de porcs par exemple), ils n'en considèrent pas pour autant les animaux comme des choses et regrettent de ne pouvoir entretenir avec eux des rapports différents.

Les éleveurs sont également traditionnellement des esthètes. Ils savent reconnaître et apprécier le bel animal. C'est vrai dans le secteur des animaux de ferme, ça l'est plus encore aujourd'hui dans celui des animaux de compagnie et de basse-cour familiale. Il existe différentes sortes de beauté, conventionnelle ou adaptative, naturelle ou orientée par la sélection, harmonique ou dysharmonique etc... C'est l'existence d'une variabilité spontanée, plus ou moins accusée selon les espèces, qui a permis aux éleveurs de rassembler des caractères conduisant à la grande variété des types morphologiques et phanéroptiques que nous connaissons et qui sont tous considérés comme beaux par les uns ou les autres, en fonction de leurs goûts. Nous avons tous besoin de côtoyer la beauté, y compris celle des animaux.

Il convient évidemment de ne pas se leurrer et reconnaître que la dérive vers les hypertypes existe et doit être sévèrement combattue dès lors qu'il y a retentissement sur la santé des animaux. Aux éleveurs et aux juges de le comprendre et de ne pas exagérer l'expression de particularités morphologiques, mais sans tomber dans le retour à l'indifférenciation : une tête de Dogue ne doit évidemment pas ressembler à une tête de Braque.

"Indifférenciation" : le mot est prononcé ! Et si les extrémistes de la protection animale, qui exagèrent systématiquement les conséquences soi-disant néfastes de telle ou telle particularité morphologique étaient, au fond d'eux-mêmes, tout simplement incapables d'accepter cette réalité biologique de fond qu'est la "Différence" ? Ce qui ne les empêche pas d'en dire grand bien lors des conversations "de salon" car le thème est à la mode.

Non, l'élevage n'est pas synonyme de "torture" pour les animaux. S'il y a dans certains cas problème pour les espèces de ferme, c'est à cause de la pression de l'économie, dont les éleveurs eux-mêmes sont devenus, dans une certaine mesure, victimes. Sauf exception, les éleveurs aiment leurs animaux : ces exceptions sont à chasser de manière à faire réapparaître l'idée qu'en toute logique, ils sont eux-mêmes les vrais spécialistes de la protection animale.

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