Mouton de JacobLes races locales d'animaux domestiques : un élément peu connu du patrimoine (1)


Lorsque la fonte des effectifs de nombreuses races et les risques de disparition de certaines d'entre elles se sont fait jour, les présenter comme une composante du patrimoine a été un argument mis en avant pour les sauvegarder. Les réactions des milieux agricoles ont été alors mitigées tandis que, dans le même temps, l'idée d'intégrer le "vivant" au patrimoine suscitait des réserves chez les spécialistes. Les idées ont fort heureusement évolué et le concept de patrimoine s'est beaucoup élargi.

Dindon du Gers
Dindon du Gers
Les auteurs développent l'idée selon laquelle les races locales sont, non seulement un patrimoine en elles-mêmes mais également une composante d'autres formes du patrimoine (ethnologique, muséographique, paysager, alimentaire). Ils concluent sur l'innovation que représente l'invention de systèmes agricoles alternatifs permettant de les valoriser.

On distinguait encore récemment, en zootechnie, d'après leur importance numérique et leur répartition géographique, les races internationales, nationales, régionales et locales. Ces dernières étaient, la plupart du temps, des races à faibles effectifs. Récemment, dans le cadre notamment de la préparation de nouveaux textes législatifs destinés à remplacer la Loi sur l'Élevage de 1966, l'expression « race locale » a pris une autre signification, celle d'une population présente historiquement dans une zone donnée, très liée à un terroir. Selon cette définition, on peut dire qu'il n'y avait autrefois en France que des races locales : en effet, avec toutefois des nuances, l'association « une race / une région » est restée vraie en France jusque vers 1950. Par la suite, dans un contexte fait d'une perpétuelle dégradation des termes de l'échange, les éleveurs ont été contraints à l'intensification et aux gains de productivité, et se sont tournés vers l'exploitation des « types génétiques » les plus performants. Si peu de disparitions ont été enregistrées, la chute des effectifs de nombreuses races locales a été spectaculaire au point de menacer leur existence. Sur la période récente, leur situation s'est un peu améliorée mais demeure fragile.

Blonde d'Aquitaine
Blonde d'Aquitaine
C'est en 1973 que la FAO a attiré l'attention sur les dangers qu'il y avait à laisser disparaître de nombreuses populations animales autochtones, surtout dans le Tiers-Monde. En France, la Société d'Ethnozootechnie a été la première, en 1975, à organiser une réunion de sensibilisation sur le thème des « Races en péril ». La patrimonialisation des races locales a fait, dès le début, partie du débat mais elle a suscité des réactions mitigées. A ce point de vue, la situation s'est, elle aussi, améliorée mais le consensus est peut-être plus superficiel qu'il n'y paraît. C'est la raison pour laquelle nous avons souhaité profiter de ce colloque pour défendre la valeur patrimoniale des races locales. Nous tenterons, dans un premier temps, de résumer une certaine évolution des idées sur ce point, puis de montrer que les races locales d'animaux domestiques constituent un patrimoine riche et polymorphe.

Évolution des idées
Il y a une trentaine d'années, en France, alors que des zootechniciens affirmaient que les races locales « en péril » faisaient partie du patrimoine français, les réactions étaient diverses dans les milieux agricoles en général :
- les éleveurs bien intégrés à l'agriculture moderne de production, convaincus que le mot « patrimoine » était porteur d'une valeur qu'ils respectaient, n'appréciaient pas de le voir appliqué à des populations qu'ils avaient jugées sans intérêt car ils y voyaient une manière de leur reprocher leur choix ;
- de leur côté, les éleveurs de races locales qui s'efforçaient de continuer d'en vivre, demeuraient très attachés à la place de ces dernières dans le secteur de la production, craignant que les intégrer au patrimoine ne leur fasse oublier leur valeur économique ;
- pragmatiquement, certains zootechniciens évoquaient le risque qu'en cheminant sur la voie patrimoniale, ces races quittent le Ministère de l'Agriculture pour celui de la Culture et échappent alors à d'éventuelles subventions émanant du premier, qui ne seraient pas compensées dans le second.

Plus généralement, l'idée d'intégrer le vivant au patrimoine n'était pas encore mûre : le vivant, par définition, évolue, alors que le patrimoine, architectural surtout, est plutôt fixe. Il est possible également qu'élargir la signification du mot ait un peu inquiété à cause de l'augmentation des responsabilités que cela supposait pour la société.

Les idées ont bien évolué depuis. En 1980, A.Chastel, constatant que « l'extension (...) de la notion de patrimoine à des domaines de plus en plus vastes, et, en particulier, à la nature, est un phénomène de la seconde moitié de notre siècle », reconnaît que « la notion de patrimoine écologique est la plus justifiée et la plus délicate de toutes » dès lors que prévaut « l'idée que le bien primordial, non seulement comme objet d'étude, mais aussi comme bien d'épanouissement humain, est l'espace naturel ». Il souligne toutefois une particularité –l'instabilité de ce type de patrimoine- et les difficultés d'une conservation à proprement parler et estime que « veiller au patrimoine bio-écologique signifie préservation des sources de savoir et des chances du milieu naturel(4)».
Cette ouverture, très large, permet évidemment d'y intégrer notre sujet, mais avec des réserves : les races d'animaux domestiques ne sont pas une simple composante de l'espace naturel et les conserver n'a pas pour seul but de préserver des sources de savoir.

Coq gascon
Coq gascon
La notion de patrimoine a fini par s'élargir presque à l'infini ... Témoin, cet extrait d'un ouvrage récemment paru, où deux membres du comité éditorial, qui font commencer en France le changement de regard et de traitement des spécificités culturelles locales à partir des années 60, écrivent : « ce regain d'intérêt s'accompagne, dans les années 80, de la relecture de la notion de patrimoine. Cette notion-clé s'applique désormais aussi bien à des objets naturels (animaux, plantes, paysages) que culturels et, dans ce dernier cas, tant matériels (bâtiments, outils) qu'immatériels (savoirs, formes d'expression et de communication (...). L'objectif est de repérer des lieux, des objets, des pratiques, des traditions, afin de les transmettre(5).».
Cette fois, nul doute possible, les races locales d'animaux domestiques sont bien une composante du patrimoine. Les agriculteurs eux-mêmes ont fini par l'admettre : il faut dire que l'obligatoire augmentation de la part des subventions à l'agriculture en général contribuait à réduire les écarts psychologiques entre les systèmes productifs dominants et les modèles alternatifs. Les éleveurs de races à faibles effectifs récusent certes l'idée qu'ils soient des « gardiens de musée » et revendiquent leur place dans l'économie, mais ils reconnaissent qu'ils détiennent un patrimoine vivant. Ils ajoutent à juste titre que, s'ils n'avaient pas accepté de « ramer à contre-courant » pendant de nombreuses années, ce patrimoine n'existerait plus.
Dans les milieux zootechniques, un consensus en faveur des races locales s'affiche mais il est loin d'être sincère chez ceux, maintenant âgés, qui ont promu le modèle agricole intensif et ne parviennent pas véritablement à croire qu'il puisse être discuté. En revanche, les zootechniciens qui avaient adhéré très tôt à l'idée de la sauvegarde des races locales sont confortés dans leurs engagements et vont même parfois assez loin sur la voie de la patrimonialisation. Le cas extrême que nous connaissons est celui du mouton « Mérinos de Rambouillet », que l'Association des Amis de la Bergerie Nationale, appuyée par des hommes politiques, voudrait faire inscrire au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les arguments ne manqueraient pas pour ce mouton mais, à notre connaissance, des démarches sérieuses n'ont pas encore été entreprises.

A supposer qu'il apparaisse évident à beaucoup de monde aujourd'hui que les races locales d'animaux domestiques font bien partie du patrimoine, il n'est pas forcément évident que leur richesse patrimoniale soit exactement entrevue. C'est ce point que nous allons commenter à présent.

Les races locales, patrimoine et composantes de patrimoines
Cette thématique est souvent envisagée de façon éparse. Mentionnons toutefois un ouvrage, paru en 1995 et qui a une certaine valeur « fondatrice » en France, dans lequel A.Audiot s'est efforcée de globaliser la question des races locales d'animaux domestiques, y compris dans leur aspect patrimonial(6).
Nous envisagerons d'abord les races locales comme patrimoine en elles-mêmes, puis comme composantes d'autres patrimoines : ethnologique, muséographique, paysager, alimentaire, cette liste n'étant pas limitative .

Patrimoine en elles-mêmes
C'est de l'aspect génétique dont il s'agit, c'est-à-dire de la contribution de ces races à la biodiversité. Le thème a été largement médiatisé et, dans l'esprit de beaucoup, la problématique de la conservation des races locales se réduit à lui. Contentons nous de rappeler les deux arguments principaux qui sont mis en avant :
- nul ne sait ce que seront l'agriculture et l'élevage de demain et personne ne peut affirmer que des modèles nouveaux de production s'accommodant mieux du recours aux anciennes populations qu'aux races modernes fortement sélectionnées, ne réapparaîtront jamais ;
- dans le génome de ces populations, il est possible que soient présents des gènes ou combinaisons de gènes actuellement inconnus, qui pourraient s'avérer intéressants à l'avenir ou, au moins, contribuer au progrès des connaissances. Cela rejoint l'argument d'A. Chastel sur la préservation des sources de savoir, évoqué plus haut.

Vache gasconne
Vache gasconne
Là-dessus se greffe une polémique qui, à notre avis, n'a pas lieu d'être : celle de la conservation in situ ou ex situ. La première consiste à encourager le maintien d'un nombre suffisant d'animaux vivants et d'éleveurs, et d'accepter que ces races continuent d'évoluer, donc de se modifier, sans risques toutefois d'importantes dérives liées à une forte pression de sélection. La conservation ex situ repose sur la constitution d'une banque de gamètes et d'embryons. Il y a alors conservation proprement dite puisque le matériel génétique est figé au temps t, mais les animaux eux-mêmes peuvent disparaître. Les deux méthodes ne sont évidemment pas exclusives l'une de l'autre et, à l'évidence, elles sont complémentaires, bien que des « puristes », qui se rencontrent dans les deux camps, discutent ce point de vue. De toutes manières, les autres facettes patrimoniales, qui vont être envisagées, excluent l'idée d'une seule conservation ex situ.

Patrimoine ethnologique
C'est toute la question des traditions et savoir-faire qui étaient liés à ces races. Conserver par écrit la description, même minutieuse, de telle ou telle pratique, est une chose, en conserver la mémoire vivante grâce au maintien d'animaux et d'éleveurs en est une autre. On peut évidemment argumenter dans l'autre sens en rappelant que les pratiques auxquelles on s'intéresse sont loin d'avoir disparu dans le monde et qu'elles subsisteront toujours quelque part. C'est faire totalement fi des particularités régionales, qui sont précisément l'élément intéressant au plan patrimonial. Qu'on le veuille ou non, un ancien bouvier qui parle de la pratique qu'il avait de la traction bovine en Ardèche ne peut pas apporter le même témoignage qu'un de ses collègues vendéens : les sols, le matériel, les animaux et les habitudes n'étaient pas les mêmes. Et, en se focalisant sur les seuls animaux, il n'est pas évident que le même bouvier, changeant de race, puisse transposer ses pratiques telles quelles, parce que le comportement des bœufs ne sera pas le même. C'est bien l'ensemble « homme / race locale / région » qui compte. L'exemple de la traction animale est classique mais il y en a bien d'autres. Par exemple, on peut considérer les techniques d'engraissement des animaux : on imaginerait volontiers que leur protocole figure dans n'importe quel document technique et qu'il suffit de l'appliquer. Si cela est vrai, dans une certaine mesure, pour des productions modernes obtenues avec des types génétiques performants, la réalité est beaucoup moins simple pour des productions traditionnelles liées à un terroir, qui sont de mieux en mieux perçues par l'opinion publique : nous connaissons des exemples, aujourd'hui, où il est nécessaire de ré-inventer le mode de conduite et d'alimentation de troupeaux de races locales en vue de la production de bœufs ou d'agneaux. Il y a eu interruption dans la transmission du savoir-faire.

Il ne faut pas croire que le souci de conserver les savoir-faire de leurs anciens n'intéresse pas les jeunes éleveurs. Ceux d'entre eux qui ont fait le choix de la race locale en vue d'une production à forte connotation « terroir » se sentent également concernés par tout ce qui était associé à la race locale et se font presque un devoir de l'entretenir, dans la mesure des possibilités bien entendu.

Dindes du Gers
Dindes du Gers
Patrimoine muséographique
Comme l'indique le « Guide du Patrimoine Rural », édité par l'AFMA (Association française des Musées d'Agriculture), le nombre d'écomusées ou musées ruraux qui gardent la mémoire de « la ferme d'autrefois » (c'est-à-dire, en général, de la fin du XIXème siècle) dans une région donnée, est élevé. Le nombre de ceux qui ont consenti l'effort d'entretenir des animaux l'est beaucoup moins car il n'est pas facile de disposer des moyens humains et financiers qui permettent d'y parvenir. Ces fermes ont tout naturellement vocation à élever et montrer les animaux de la région, lorsqu'il y existait des races autochtones. Cela fait partie de l'authenticité du témoignage muséographique. Pourtant, paradoxalement, les fermes-musées disposant d'animaux ne se sont pas toutes investies dans la conservation des races locales. Certains responsables s'en justifient en évoquant le fait que la race locale d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec ses ancêtres de la fin du XIXème siècle. L'argument est bien entendu valable, mais il fait oublier que certaines races locales ont besoin de sites où l'on accepte de les entretenir, et ceux où la pression économique n'est pas trop importante sont des endroits privilégiés. Quoi qu'il en soit des raisons pour lesquelles les animaux présentés ne sont pas
Vache gasconne mirandaise
Vache gasconne mirandaise
ceux de la région, il n'est pas normal qu'une ferme qui se veut être l'image d'autrefois, aille dans cette direction.

Sur le même registre, il est évidemment souhaitable, mais moins impératif au plan de la logique, que des structures de type parc naturel, société de protection de la nature, ferme pédagogique etc ..., lorsqu'elles doivent entretenir des animaux sans subir de fortes contraintes économiques, aient recours également aux races locales.

Enfin, que dire du cinéma et de la télévision qui, dans certaines reconstitutions historiques, ne prennent que rarement soin de montrer des animaux tels qu'ils pouvaient être autrefois dans la région. Il faut dire que les spectateurs susceptibles d'être choqués de voir des porcs aux oreilles dressées au lieu de les avoir tombantes, dans une ferme bretonne d'il y a 70 ou 80 ans, ne sont sans doute pas nombreux ...

Patrimoine paysager
Il n'est pas classique de considérer les animaux comme faisant partie du paysage. Ça l'est d'autant moins que, ces dernières décennies, peu de races ayant conservé leur importance économique sont restées strictement régionales. On a pris l'habitude de voir « un peu de tout, partout ». Le raisonnement vaut surtout pour les bovins, dont l'aspect saute immédiatement à l'œil d'un observateur peu attentif, alors qu'identifier des différences entre des troupeaux de moutons demande beaucoup plus d'observation. Si l'on considère le berceau de certaines grandes races, où la proportion d'animaux

Canards d'ornement
Canards d'ornement
autochtones demeure très élevée, on conclut aisément au plaisir qu'il y a de voir des animaux différents en passant d'une région à l'autre. Pour les races locales à faibles effectifs, il ne s'agit plus que de regrets car, lorsqu'on veut en voir, on est souvent obligé de se renseigner pour savoir où il y en a. Il reste que, dans le berceau d'anciennes races, il pourrait être judicieux de déterminer des zones, selon des critères à définir –par exemple un paysage resté traditionnel- où l'on encouragerait la présence d'animaux autochtones. Que l'on imagine par exemple la Brière peuplée uniquement de vaches Nantaises ou le Massif du Vercors ne comprenant que des Villard de Lans... Nous sommes dans le rêve mais ce n'est pas impossible et l'attrait des régions citées en exemple augmenterait à coup sûr grâce à leurs animaux dans le paysage.
Ce thème rejoint certes l'aspect muséographique mais le dépasse également.

Paons bleus
Paons bleus
Patrimoine alimentaire
C'est de la diversité culinaire régionale et de la typicité territoriale qu'il s'agit, au travers principalement des AOC. En toute logique, lorsqu'une production, fromagère ou bouchère, était associée à l'exploitation de la race locale, celle-ci doit être, par définition, intégrée à l'AOC. La réalité est plus complexe : il arrive que ce soit le cas, totalement ou partiellement ; il arrive aussi qu'aucune clause concernant la race locale n'ait été retenue. Les raisons en sont alors diverses : insuffisance des effectifs de celle-ci, insuffisance de son potentiel de production, refus des éleveurs ou des transformateurs, pour des raisons qui ne sont pas toujours liées aux qualités zootechniques de la race. Dans ce dernier cas, la dimension patrimoniale sous-jacente donne un peu mauvaise conscience à ceux qui, ignorant la race locale, n'hésitent toutefois pas à l'utiliser comme argument publicitaire en faveur d'un produit de terroir.

Même si l'intégration des animaux autochtones à une AOC n'est pas obligatoirement une garantie de

Pintades de couleur
Pintades de couleur
meilleure qualité, elle est inscrite dans la démarche même de l'AOC. Rappelons qu'il existe d'autres signes de qualité, le label rouge par exemple, auxquels il est possible de recourir si l'on souhaite élargir le choix des types génétiques utilisables.

Peut-on parler, en allant plus loin que l'intitulé de ce paraaphe, de « patrimoine gastronomique » pour les races locales ? Une réponse positive sous-entendrait que les produits obtenus à partir de races locales sont meilleurs que ceux qui proviennent des types génétiques « performants ». La réponse doit être nuancée, alors que la tendance est souvent, au moins chez les tenants des formes alternatives de l'agriculture, à l'affirmer. Il faut bien entendu s'efforcer de rechercher des particularités qui, dans telle ou telle race, sont liés à une incontestable qualité des produits et, lorsqu'on en a identifiés, les faire connaître et les valoriser. Dans le cas général, il vaut mieux rester prudent et considérer les races locales comme une composante d'un modèle de production traditionnel, éventuellement modernisé, qui, globalement, donne des produits d'excellente qualité, sans forcément se préoccuper de connaître la part qui revient à l'une ou l'autre des parties.

Poule naine Bantam de Pékin Bobtail
Poule naine Bantam de Pékin Bobtail
CONCLUSION
La notion de patrimoine a pris une extension telle aujourd'hui qu'à l'évidence, les races locales d'animaux domestiques y ont leur place. Elles s'y intègrent même à plusieurs titres, compte tenu des rapports qu'elles entretiennent avec d'autres composantes du patrimoine. Leur sauvegarde, voire leur « relance », ne dépendent pas de leur reconnaissance officielle comme élément du patrimoine mais celle-ci conforterait un peu plus les éleveurs dans l'engagement qu'ils ont pris et aiderait le grand public à mieux comprendre l'intérêt de les conserver.

Les races locales sont d'abord synonymes de « tradition », mais les éleveurs qui s'efforcent d'en vivre ont conscience de les exploiter dans le cadre d'une agriculture alternative, synonyme quelque part d' « innovation ». L'innovation est, potentiellement, peut-être encore plus importante, comme l'ont exprimé Laurence Bérard et Ph. Marchenay : pour eux, l'AOC ouvre un espace pour penser différemment le développement agricole tout entier, un espace qui peut se satisfaire de la conservation de la mémoire et de l'entretien d'usages qui se sont perfectionnés. Les races locales forment donc une pièce maîtresse dans des modèles agricoles paradoxalement innovants(7) ●


Alpaga
Alpaga
 Bibliographie
Audiot Annick, Races d'hier pour l'élevage de demain, Paris, INRA Ed.,1995.
Bérard Laurence, Marchenay Philippe, Les produits de terroir entre cultures et règlements, Paris, CNRS Ed., 2004.
Bérard Laurence, Cégarra Marie, Djama Marcel, Louafi Sélim, Marchenay Philippe, Roussel Bernard, Verdeaux François, Biodiversité et savoirs naturalistes locaux en France, Paris, CIRAD-IDDRI-IFB-INRA, 2005.
Chastel André, La notion de patrimoine hier et aujourd'hui, Cahiers de l'Académie d'Architecture, 1980, p. 7-15.


 (1) Cet article avait fait l'objet d'une intervention au congrès du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS) qui s'est tenu à Grenoble en 2006 sur le thème "Tradition et innovation", dans une rubrique "Définition et élargissement de la notion de patrimoine". Aucune des communications effectuées dans cette rubrique n'a été publiée. Il est agréable aux auteurs de le confier aujourd'hui à Ethnozootechnie, alors que la Fondation du Patrimoine vient de créer un "Prix pour l'agrobiodiversité animale" (voir éditorial de B. Denis dans la Lettre de la SEZ de mars 2013).
(2) Président de la Société d'Ethnozootechnie - 5, avenue Foch - 54200 Toul.
(3)Président de ProNaturA France - 2, rue de l'Adour - 32160 Plaisance
(4)A. Chastel - La notion de patrimoine hier et aujourd'hui, p. 13-15.
(5) M. Cegarra et F. Verdeaux - Biodiversité et savoir naturalistes locaux, p. 21.
(6) A. Audiot - Races d'hier pour l'élevage de demain.
(7) L. Bérard et P. Marchenay - Les produits de terroir entre culture et règlements, p. 133.


Professeur Bernard Denis - Jean-Emmanuel Eglin
Entête : Mouton de Jacob
Photos : Jean-Emmanuel Eglin

 

 

 

 

 

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