Gasconne 2La ferme des quatre Grâces : élevage et sauvegarde des races autochtones de Gascogne


Il existe encore quelques petits paradis sur Terre. La ferme des 4 Grâces en fait partie.
Des fermes qui essaient de concilier respect de la nature, des animaux et des hommes, cela existe. Mais des fermes, qui, en plus, y ajoutent l'élevage et la sauvegarde des races locales, il y en a vraiment peu. La ferme des 4 Grâces a réussi cela. Comment ? C'est ce que nous verrons dans cet article.

Rien ne prédestinait Christophe Masson à reprendre l'exploitation de ses grands-parents maternels.
Une ferme « à l'ancienne » de petite dimension, sans grands bâtiments d'élevage, c'était la faillite assurée.
Son père aurait pu lui dire cela, lui qui travaillait pour l'Association départementale pour l'aménagement des structures et exploitations agricoles (ADASEA dissoute en 2010).
Et de fait, Christophe Masson a commencé sa vie professionnelle par un tout autre chemin.
Il fut d'abord, pendant 10 ans, technicien hospitalier dans la Marine Nationale.

Porcs noirs gascons
Porcs noirs gascons
Plusieurs éléments l'ont fait dévier de ce chemin tout tracé.
L'élément décisif est sa rencontre avec Stéphanie, une jeune paysanne de Toulon.
Le papa de Stéphanie était un paysan d'Ollioules, spécialisé dans la culture des fleurs et le maraîchage.
Malheureusement, la criée aux fleurs a fermé et les serres ont été détruites.
Merci la mondialisation....
Alors Christophe s'est souvenu d'une photo de famille où l'on voyait ses ancêtres, gardiens de dindons, car le Gers fut, jadis, le lieu d'élevage de grands troupeaux de dindons noirs du Gers.
Et cette photo a fait sens.
Le bonheur n'est-il pas dans une vie simple au plus proche de la Nature ?
C'est la raison pour laquelle Christophe est revenue sur la Terre de ses ancêtres.
Au tout début, il a produit du foie gras d'oie pour une marque bien connue. Mais comment vivre quand le foie était racheté 39 € le kilogramme pour un coût de production de 35 €?
C'est à ce moment que Christophe s'est souvenu des histoires que lui contait son père à propos du porc noir.
Certains le disent de Bigorre et d'autres gascon.
Ils ont tous raison puisqu'il était élevé du Piémont pyrénéen aux contres forts gascons, notamment par la forte communauté des moines cisterciens qui maîtrisaient l'excellence du gras. Ce dernier était revendu aux paysans pour conserver leur viande.
Dindons noirs du Gers
Dindons noirs du Gers
On raconte qu'à Escaladieu, on éleva jusqu'à 6 000 porcs.
Cependant, ils n'étaient pas du tout enfermés. Il s'agissait d'animaux rustiques, qui étaient gardés et promenés, notamment en sous bois.
Le respect de l'animal incite à l'élever au plus proche de la Nature.
A la ferme des 4 Grâces, vous pourrez les voir évoluer sur un parcours enherbé et en sous bois. Bien entendu, en automne, ils se régalent de glands et de châtaignes.
Les porcs sacrifiés entre 14 et 18 mois d'âge ont alors une viande goûteuse et persillée à nulle autre pareille.
Le jambon est, quant à lui, affiné 22 mois, une merveille.
Christophe Masson fait partie du Consortium du Porc Noir de Bigorre, supervisé par Jean Guillebeau, un ancien vétérinaire.
Cela le mène à rencontrer d'autres éleveurs, mais aussi toutes sortes d'autres personnes et à créer des liens d'une richesse infinie.
Cela amène aussi à voyager. Le dépaysement, pour tout être humain, une fois par an au moins, est une respiration salvatrice.
Christophe Masson s'est, par exemple, rendu en mai 2008 à Gap au salon Slow Food des Saveurs de Montagne.
Un grand moment qu'il aimerait voir davantage couvert par les médias, qui ne s'intéressent malheureusement trop souvent qu'à Paris et l'Ile-de-France
Christophe Masson s'est fortement investi dans Slow Food et notamment dans son réseau « sentinelles », une communauté de paysans reliés à Terra Madre.
Pour les membres de Slow Food, et ils ont raison, tout projet de conservation d'une race locale, menacée ou pas, doit être relié à un projet économique qui permet à tout paysan de vivre de ses produits.
Et c'est bien cela qui est souvent le plus difficile.
En effet, le consommateur voit en premier le prix.
Comment lui faire comprendre que la viande d'un poulet gascon abattu à six ou huit mois n'a rien à voir avec celle d'un poulet industriel élevé en 23 jours ?
Le Convivium est peut-être la solution à tout cela.
Il s'agit d'une sorte d'association où peuvent se rencontrer des consommateurs gastronomes et des producteurs locaux.
Il est donc un lieu de convivialité (d'où son nom) où l'on se réunit pour découvrir des produits sains et naturels, des saveurs et des produits différents et mille et une recettes de cuisine.
On en revient avec des idées et des amis.
Un jour par mois est même réservé aux rencontres avec les restaurateurs.
Slow Food, c'est aussi, par exemple, un travail avec l'association botanique locale qui a répertorié 47 essences dans les prairies naturelles où paissent les vaches mirandaises de Christophe Masson.
Coq gascon
Coq gascon
Cette Gasconne aréolée, dont ProNaturA France vous a déjà souvent parlé, a bien failli disparaître.
Elle représente le point culminant de la passion de Christophe Masson pour les animaux.
Combien d'animaux a t-il récupéré, in extremis, chez des agriculteurs qui partaient à la retraite ou des personnes décédées qui avaient un ou deux animaux, mais avec des caractéristiques génétiques très intéressantes.
C'est l'une des plus jolies races qui soient.
Elle apparaît blanche nacrée sur ces coteaux de Gascogne baignés par le soleil. Toute la difficulté réside en la valorisation économique de cette race mixte, largement concurrencée par la Blonde d'Aquitaine dans tout le grand Sud Ouest.
L'idée est venue d'en faire un produit haut de gamme. Et pour savourer sa chair, il faut patienter 5 ans, âge auquel est sacrifié le bœuf nacré de Gascogne.
C'est la vente directe en caissette de 5 ou 10kg qui est la clé de voûte de la réussite économique de la ferme.
Sans intermédiaire, un juste prix revient au producteur.

Stéphanie et Christophe se sont créés, au fil des années, un fichier clients avec les adresses courriels de tous les clients potentiels.
Lorsqu'un ou plusieurs animaux sont sacrifiés, des caissettes sont préparées et les personnes prévenues par courriel. Il n'y a aucun engagement, elles prennent ou ne prennent pas.
Bien entendu, pour les plus accrocs, il est possible de réserver.
Et les poules dans tout cela.....me direz vous ?
A la ferme des Quatre Grâces, elles sont élevées en liberté et elles ont un secret : leurs œufs sont distribués aux bœufs pour donner à la chair une saveur sans pareille.
On ne saurait conclure sans citer le produit noble par excellence : le foie gras.
A Beaumarchés, à la lisière de ce hameau de Cayron, au lieu dit Cassagnaou, où se cache la ferme des 4 Grâces, vous pourrez goûter du vrai foie gras artisanal provenant de la race locale : l'oie de Toulouse engraissée au maïs blanc entier.
Christophe Masson fait partie de l'Association de défense de l'oie fermière du Gers.

Vache mirandaise
Vache mirandaise
Il participe à la préservation de l'oie de Toulouse par la gestion collégiale d'un couvoir conservatoire.
Cette entité est une absolue nécessité pour les petits producteurs qui tentent d'échapper à la mainmise de l'industrie agroalimentaire.
Avec tout cela, on peut dire que Christophe Masson est un homme bien occupé....
Cependant, il a des idées plein la tête.
En 2013, il participera aux « Marchés de la Terre » sous la marque « Terra Gers » qui souhaite faire connaître à toujours plus de coproducteurs (au lieu de consommateurs) des produits bons, justes et propres.
Tout est résumé dans cette phrase.
Tous ces producteurs d'exception se retrouvent le samedi sur le marché d'Auch.
Dans cette belle réussite, une grande part s'explique par la stabilité de la famille et par la grande implication de son épouse, Stéphanie.
En effet, c'est elle que vous pourrez retrouver sur les marchés d'Auch, Marciac, Plaisance et Beaumarchés....
Si vous passez par la Gascogne, n'hésitez pas à vous arrêter, pour un moment unique, à la Ferme des 4 Grâces.
Si le cœur vous en dit, vous pouvez même louer un gîte ou une chambre à l'hôtel restaurant « Le Bastidou » à 200 mètres de là au fond du vallon dans un endroit d'un calme absolu.
En dégustant l'une de ses nombreuses spécialités, toutes issues de producteurs locaux, qui vous sont présentés sur la carte, vous pourrez méditer sur le slogan de Slow Food : l'éloge de la lenteur, volupté et plaisirs en bouche ...


Photo entête : vache mirandaise

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