CDEQuand l’antispécisme se confronte à la réalité.


Dans la revue de juin du Club des Éleveurs d’Oiseaux Exotiques « La revue des oiseaux exotiques », Didier Leportois, Vice-Président de l’Association, explique clairement ce que sont les antispécistes, leur mentalité et leurs objectifs.

Les déboires d’un zoo breton ou quand l’antispécisme se confronte à la réalité

L'antispécisme (par opposition au spécisme qui classe l'homme tout en haut de la hiérarchie du vivant en lui conférant une totale suprématie) est un courant de pensée d'origine anglo-saxonne (Singer & Ryder), qui met tous les êtres vivants sur un pied d'égalité en termes de droits et qui dénie aux humains toute légitimité à agir sur les autres espèces, qu'il s'agisse d'utilisation, d'alimentation, voire d'interaction.
Ses expressions pratiques en sont le véganisme et le mouvement de libération animale. Cette idéologie entend imposer ses vues à l'ensemble de l'humanité, au prix d'un sectarisme qui s'est parfois exprimé par la violence.

Faisant appel aux « bons sentiments » auxquels une majorité de citoyens ne peut que souscrire (qui peut rester insensible à la souffrance animale ?) l'antispécisme exprime des positions qui s'inspirent de l'antiracisme ou de l'antisexisme (auxquels on ne peut là encore que souscrire ...). Mais comme tous les adeptes d'une idéologie extrême, ses militants font fi de la réalité pour courir après leurs fantasmes ... et ce jusqu'à l'aporie (contradiction insoluble dans un raisonnement).

Bien évidemment l'élevage est une cible privilégiée de leurs attaques. Et tout particulièrement la détention d'animaux sauvages en captivité. Vous vous rendez compte ! Détenir des animaux sauvages en prison à vie pour le seul plaisir malsain d'humains égoïstes qui cherchent à en tirer un profit pécuniaire ou à embellir leur environnement ! Alors que la vie sauvage est si paisible et si belle ! Tiens ... on en viendrait presque à souhaiter la disparition de l'espèce humaine, ce triste accident de l'évolution, pour que la Nature reprenne tous ses droits !

L'antispécisme conduit donc à une forme de détestation de soi et de notre espèce, une névrose qui peut conduire aux pires aveuglements. Lorsque cette posture influence des expressions plus « présentables » de la vie publique, le danger est extrême.

Par méconnaissance, clientélisme ou accès de bonne conscience entretenu par les médias, le politique légifère souvent sous influence. Au prix de la confusion souvent (entre trafic, élevage, capture, naissance en captivité), du ratage de cible parfois (en priorité il conviendrait de s'attaquer à l’élevage intensif et aux méthodes d'abattage rituel) et de l'inefficacité presque toujours (j'attends toujours avec désespoir les mesures renforcées de protection de la faune sauvage dans les territoires exotiques dont la France a la responsabilité) ...

Réjouissons-nous donc (avec modération cependant, car l'aventure s'est payée de souffrance animale) qu'enfin les idéologues aient été confrontés durement à la réalité. Non que ça puisse les ramener à une plus juste approche des choses (quand le cerveau n'est pas irrigué c'est sans retour ...) mais parce que les masques tombent et que les citoyens et les décideurs politiques ne pourront plus prétendre qu'ils ne savaient pas de quelle pâte étaient faits ces gens-là. Je vous fais une version courte de l’histoire :

Il y a à peu près un an, un groupe d'associations antispécistes (sous la bannière Rewild qu'on peut traduire par « retour à la vie sauvage ») lance une souscription sur les réseaux sociaux pour racheter un zoo breton, le Zoo de Pont Scorf. Ce zoo ne va pas très bien, des travaux importants sont à prévoir et les propriétaires se laissent attirer par le chant des sirènes : l'objectif de Rewild est (comme son nom l'indique) de libérer les pensionnaires du zoo « qui peuvent l’être ».

L'idée est utopiste et totalement inutile voire dangereuse sur le plan de la préservation des espèces. Mais la souscription recueille 700 000 € de dons, les gogos ont mordu à l'hameçon ... incités en cela par une campagne de dénigrement agressive de la captivité en général et des parcs zoologiques en particulier.

Le chef d'orchestre adoubé directeur de zoo est Jérôme Pensu. Il ne nous était pas totalement inconnu pour avoir pendant des décennies frappé à toutes les portes (chasseurs, CDE, associations écolos) lui permettant d’assouvir sa haine des éleveurs et son désir inavoué d’être à la tête d’une structure accueillant des animaux placés ou saisis (quitte à envisager d’orienter les saisies, tant qu’à faire autant avoir l’esprit pratique et d’aller à la source faire son marché ! ). Le bonhomme n'en est pas à un paradoxe prêt ! Les naïfs pouvaient espérer que LUI saurait entre tenir les animaux, tout en les promettant à une libération prochaine.

Les spécialistes dont nous sommes, pouvaient en matière de relâcher, être plus qu'inquiets. Lorsqu'on sait ce qu'impose comme contraintes logistiques, environnementales, zootechniques, géopolitiques, sanitaires, financières, une opération de lâcher d'animaux d'espèces sauvages nés et élevés en milieu contrôlé dans ce but initialement défini, le lâcher dans la nature par des fantaisistes d'animaux inaptes ne pouvait tourner pour ces malheureux qu'à l'opération suicide ... On pouvait également être inquiet quant à la qualité des soins prodigués aux animaux. En effet, aucun soigneur capacitaire n'avait intégré l'équipe. Étonnant d'ailleurs que le sieur Pensu se soit exonéré de cette obligation qui fût imposée au monde de l'élevage sous la pression des lobbies ... écologistes, lui jadis si prompt à demander la plus grande sévérité de l'administration à l'égard des contrevenants ! Conception particulière de l'équité entre citoyens et de l'exemplarité ... !

Un an après (cela n'aura pas traîné !) le résultat est là : le zoo vient d'être fermé sur décision administrative :
   • absence de personnel qualifié (pas de capacitaire),
   • défaut de soins aux animaux (ben oui ... acheter une structure c'est bien mais ces petites bêtes ça mange et ils avaient juste oublié de provisionner les frais de fonctionnement et quand on ne reçoit pas de public pour encaisser des recettes ça craint !),
   • absence de mise aux normes des installations et insalubrité,
   • ils ont juste réussi à relâcher quelques animaux ... les pieds devant : plus de deux tonnes de cadavres enlevés par l’équarrissage !

On pourra évoquer aussi les pensionnaires qui ont pris les choses au pied de la lettre : kangourou et perroquets ont pris la clé des champs, sans parler d'un jaguarondi qui aurait été percuté par une voiture !
Mais Rewild persiste et signe en affirmant avec cynisme que l'aventure a eu entre conséquences positives, le mérite d'apporter la preuve que les animaux ne vivent pas plus longtemps en captivité que dans la nature (si, s'ils ont osé, je n'invente rien !).

Qu'en déduire ? Que l'idéologie poussée à ce point conduit à la maltraitance des animaux qu'elle souhaitait protéger. Ne s'improvise pas éleveur qui veut. La fibre de base suppose l'amour de l'animal en tant qu'individu au-delà des compétences techniques ; là où l'antispéciste le sacrifie sur l'autel d'une vision rêvée de la nature où la réalité n'a pas sa place.

NOUS sommes en tant qu'éleveurs, des acteurs du bien-être animal. Chaque jour par notre action auprès de nos pensionnaires nous concourons à leur santé et à leur équilibre psychologique. Et nous ne nuisons pas à la nature sauvage puisqu'il n'y a plus de captures dans le milieu naturel pour approvisionner nos élevages. Certes il manque la liberté d'aller et venir, mais dans la nature cette liberté de tous les dangers est mise au service de la satisfaction des besoins essentiels que nous comblons avec attention. Nous sommes des gérants d'hôtels 5 étoiles pour oiseaux où nous leur assurons nourriture, sécurité et conditions de reproduction optimales.

Au surplus, nos élevages constituent des réservoirs génétiques qui font obstacle à l'extinction d'espèces fortement menacées dans leur milieu naturel (et je ne parle pas là des possibles réintroductions, il s'agit juste pour l'instant, d'éviter le pire ...). Un responsable écolo suffisamment haut placé pour que l'on interprète ses propos comme la doxa officielle, m'avait dit en 1992 déjà « nous réclamons pour les espèces le droit à disparaître dans la dignité », c'est-à-dire sans subir l'outrage de la captivité. On mesure bien le fossé qui nous oppose ... Là encore l'excès est l'ennemi du bien. La France dispose d'un arsenal juridique qui, en matière de détention d'animaux d'espèces non domestiques et notamment d'oiseaux, permet de garantir le bien-être et la traçabilité des animaux.

Malheureusement ces textes ont trop souvent été élaborés sous l'influence des animalistes et comportent pour l'éleveur plus de devoirs et de contraintes que de reconnaissance (je ne parle même pas de droits ...).
Les antispécistes continuent à avancer leurs pions et leur but très clair est la disparition de notre hobby, avant de s'attaquer aux autres cibles que seront l'élevage d'animaux domestiques et leur utilisation, comme l'équitation par exemple.

Au lieu de réglementer pour prévenir et sanctionner les excès, ils visent l'établissement d'une société de l'interdit, une écologie punitive qui promet aux générations futures une vie sans attrait, formatée selon une vision désastreuse de la place de l'Homme dans la nature, qui révoltera les ruraux contre des urbains hors sol, parmi lesquels se recrutent d'ailleurs ceux qui nous demandent d'égorger notre coq quand ils viennent s'installer en province ... ! Je ne rêve pas pour mes petits-enfants d'une vie d'anorexiques dépressifs nourris au soja et au tofu, névrosés à force d'être culpabilisés de résister encore à un retour vers une vie sauvage épurée de toute civilisation, donc de toute humanité. Vivre à poil dans les bois n'est pas l'avenir de l’Homme !

Nous avons des devoirs envers la gent animale et aucun éleveur ne peut les ignorer. Et je pense que ceux qui vivent au quotidien avec leurs animaux, et a fortiori nous qui sommes exempts de tout objectif financier puisqu'amateurs, sont les garants d'un rapport équilibré et responsable de l'homme avec l'animal.

Rêvons qu'après l'exemple lamentable de Pont Scorf, l'imposture devienne évidente et que les décisions réglementaires futures seront prises en écoutant un peu plus notre voix !
L'écologie est une grande et belle idée, mais les écologistes politiques perdent beaucoup à être connus. Souvent lorsqu'ils s'expriment en actes où en paroles, apparaissent les contours les plus noirs, les plus cocasses ou les plus tristes de leur indigence intellectuelle. Voilà qui est de nature à éclairer une majorité de citoyens qui, n'en doutons pas, ont la tête sur les épaules et qui ne leur laisseront pas le monopole de l'amour des animaux surtout lorsqu'il s'exprime aussi mal ! •


L'idéologie poussée à l'extrême conduit à la maltraitance des animaux qu'elle souhaitait protéger. Ne s'improvise pas éleveur qui veut. La fibre de base suppose l'amour de l'animal en tant qu'individu au delà des compétences techniques ; là ou l'ANTISPECISTE le sacrifie sur l'autel d'une vision rêvée de la nature où la réalité n'a pas sa place.


Didier Leportois – Vice-Président du CDE

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