RougeFlamande1La Rouge flamande : des arguments et des éleveurs déterminés


Région agricole et d’élevage importante, les Hauts de France sont riches d’une race bovine originale qui a profondément marqué le monde de l’élevage national. Parmi les plus anciennes races laitières de France, la Rouge Flamande a en effet connu avec la race Normande une position dominante en comptant plus d’un million de têtes de Paris à la frontière belge.

RougeFlamande2De nombreux vents contraires ont cependant eu raison d’une suprématie éclatante en effectifs et en performances. Devenue uniquement régionale, elle conserve néanmoins de fortes capacités technico-économiques et un noyau de 70 éleveurs sélectionneurs déterminés à son développement.
Mais avant d’aborder son actualité, il est indispensable de s’arrêter sur un parcours exceptionnel et parmi les mieux connus grâce à un fait historique particulier !

Le travail de l’ingénieur Lefour
Les débuts de la sélection bovine datent des années 1850, époque ou les animaux servaient à la fois au travail et à la production de lait et de viande. Pour la Flamande, les premiers concours d’animaux apparaissent à cette époque avec les premiers syndicats d’élevage. Mais l’histoire de la Flamande est sans doute mieux connue que celle d’autres races grâce à l’Inspecteur général Lefour du Ministère de l’agriculture de Napoléon III. On avait en effet confié à L’Inspecteur la rédaction d’un ouvrage sur toutes les races ou populations animales de France. Or, pour une raison que l’on ignore, seul apparut le volume relatif à la race Flamande. Ce document, premier exemple de vulgarisation technico-économique, est riche de multiples informations sur la gestion des terres, sur l’alimentation des bovins, sur la transformation fermière, etc.
Avec une créatioRougeFlamande3n du Herd-book très précoce (en 1886 à Bergues), la race s’est très rapidement orientée vers la recherche d’une production laitière maximale. On assiste là à l’expression du caractère de l’agriculteur Flamand n’imaginant pas ne pas exploiter tout le potentiel de ses terres ou de son bétail.
Un seul exemple à ajouter à tous les prix de productivité remportés par la race dans les concours beurriers, la vache Victorieuse avait déjà produit 3 lactations consécutives supérieures à 10 000 kg de lait en 1933 !!

Les raisons du déclin
On cite toujours et à juste titre les 2 guerres mondiales comme explication principale de la fonte des effectifs de la race. Certes, les cheptels ont été décimés et souvent reconstitués par du bétail importé de Hollande. Mais en fait, la première raison de la désaffection de la race fut l’avance qu’elle avait sur son temps. Malgré sa productivité imbattable, sa spécialisation laitière lui fut reprochée à une époque ou l’animal à deux fins, lait et viande, était recherché. Avec des pouvoirs publics plus favorables à la Normande, des Organisations professionnelles plus attirés par l’originalité du bétail pie noir, la race fut aussi écartelée dans la lutte que se livrait juste après-guerre les deux centres d’insémination, l’Amélioratrice et le Progrès rural.
En ajoutant également, la malversation des hommes facilitée dans le cas d’une race à robe unicolore et des « barons » omnipotents, la Rouge Flamande ne pouvait pas s’en sortir. Mais son grand tort restera d’avoir eu raison trop tôt !
RougeFlamande4Un temps tenté d’investir dans la Rouge, le seul centre d’insémination restant actif sur la zone ( Le Progrès rural devenu Urceia puis Gènes diffusion) choisit en définitive de miser sur la Hollandaise et les effectifs de la race diminuèrent régulièrement.
C’est ainsi vers 1965 que pour la première fois le nombre d’inséminations pie noires dépassa celui de la Flamande. Une situation devenue critique sensibilisa le monde agricole régional et en 1977 un programme de sauvegarde fut mis en œuvre avec l’appui de l’Inra, de l’Institut de l’élevage et de l’Union des Livres généalogiques.

Enfin le retour en grâce
Pendant longtemps, les techniciens et inséminateurs circulant dans les élevages ont dénigré la Flamande et freiné son redressement. Heureusement, la race est revenue sur le devant de la scène grâce au Président du Conseil régional Nord-Pas de Calais, Noël Josèphe, qui choisit d’offrir en cadeau un taureau Flamand au Maire de Tianjin en Chine, ville jumelée avec la région. Cet événement connut un vrai retentissement et fit prendre conscience à la collectivité régionale de la nécessité de ne pas perdre un tel patrimoine.
RouteFlamande5La race ne comptait plus qu’une trentaine d’éleveurs qui commencèrent alors à reprendre confiance avec les premiers renouvellements de taureaux d’insémination du programme, à savoir Lama, Matra et Opalin. Il s’agissait de taureaux de sang Flamand originel non infusés des origines de la Rouge Danoise et de la Rouge Belge de Flandre occidentale utilisées un temps par une partie des éleveurs soucieux d’éviter une impasse génétique et de quand même profiter d’un progrès génétique.
La reprise en main était enclenchée et des appuis accrus des Assemblées territoriales, les aides financières des mesures agri-environnementales, le retour de la race en concours au SIA Paris et une communication plus offensive contribuèrent au regain d’intérêt pour la Flamande en Hauts de France et même dans d’autres régions françaises ;

Une situation stabilisée et un acquis laitier
Le projet racial actuel repose sur 70 élevages de sélection originaires de 6 départements et sur une population soumise au contrôle laitier d’environ 750 vaches. On estime ensuite à 250 le nombre d’élevages détenant au moins une Flamande et la population totale à 2500 vaches.
Au plan de la productivité, la moyenne de race s’établit à 6750 kg de lait à 3.95 % de taux butyreux et 3.29 de taux protéique, les meilleurs troupeaux atteignant 7500 kg de moyenne d’étable.
RougeFlamande6Cette performance de bon niveau associée à des qualités de race font la cohérence de l’utilisation de la race. Ses défenseurs acceptent en effet de sacrifier une part de productivité pour profiter d’une résistance aux mammites, de la solidité des pattes, de la fertilité et d’une bonne adaptation aux systèmes privilégiant l’herbe ;
Ils savent aussi ne pas craindre un manque de diversité génétique. Le schéma de sélection conduit par l’Union Rouge Flamande avec l’appui du Centre régional de ressources génétiques (CRRG) et du CIA Gènes diffusion offre une totale sécurité en s’appuyant sur un renouvellement annuel de 2 à 4 taureaux de testage et sur un stock de 115 taureaux d’IA répartis en une vingtaine de familles bien individualisées. Manifestement, la Rouge Flamande dispose d’une base de sélection garantissant son indépendance génétique sur le long terme.

La Rouge Flamande pour son lait …et sa viande
Connue par la qualité de son lait, la Flamande est à l’origine de tous les fromages ancestraux existant au Nord de paris. Même le Brie doit sa parenté originelle à parts égales entre la Flamande et la Normande ; RougeFlamande7Alors, si la filière Maroilles n’a pas eu l’ambition de retrouver sa Maroillaise(1) lors de la révision du cahier des charges de son appellation, le Fromage de Bergues reste une cible prioritaire de l’Organisme de sélection. Malheureusement, on regrettera pour l’instant que seuls 3 producteurs sur les 7 ou 8 actuels possèdent de la Flamande dans leurs troupeaux. Les premières tentatives de relier fortement la race au Bergues n’ont pas abouti mais l’arrivée prévue de nouveaux acteurs pourrait permettre dans les prochaines années de redonner une véritable identité territoriale à ce produit. Mais la Flamande, pleine de ressources de valorisation, est également réputée pour la qualité de son beurre et une filière « Beurre de Flamande » regroupant 4 producteurs disposant des mêmes moules et papier à beurre a été mise en place. Elle l’est également pour la qualité de sa viande reconnue par tous les éleveurs et professionnels du monde de la cheville. Particularité sans doute réservée aux races à robe unicolore foncée, la viande de Flamande est très colorée et forte en goût. Elle a fait la réputation ancienne du veau d’Aire sur la Lys et les éleveurs ayant plusieurs races ne veulent recourir qu’à la Flamande pour leur consommation personnelle ou leur vente directe.
Une entreprise de distribution bouchère du Nord, les Ets Lesage de Chemy, a été conquise et a lancé avec l’OS et le CRRG une filière de qualité destinée à la très bonne restauration et à certaines boucheries visant le haut de gamme. Ce sont ainsi de 30 à 40 jeunes vaches très bien finies qui passent chaque année dans la filière « Rouge Flamande excellence ». Fait à souligner, la Rouge Flamande est sans doute la seule race laitière spécialisée proposée en boucheries artisanales.
Avec la bière Rouge Flamande de la brasserie d’Esquelbecq (Nord), avec son beurre, sa viande, ses fromages, la Rouge Flamande peut composer à elle seule l’essentiel d’un repas.


RougeFlamande8 Forte d’un noyau d’éleveurs passionnés, d’un encadrement technique régulier, de soutiens des Conseils départementaux du Nord et du Pas de Calais et de la Région des Hauts de France, d’un accompagnement important du CRRG et du CIA Gènes diffusion, l’avenir de la Flamande ne suscite aucun motif d’inquiétude, les demandes de reproducteurs émanant de toutes régions étant par ailleurs très fréquentes.
Cependant son futur comme celui de toutes les races locales sera d’autant plus serein que les habitants des Hauts de France se réapproprieront leur race de vache, ici patrimoine emblématique du Nord au même titre que les beffrois ou les moulins. Par son acte d’achat, le consommateur a un rôle primordial dans la sauvegarde de nos races. Il importe qu’il le sache en Flandres comme ailleurs !
A.M


(1)  La Flamande se divisait en sous races selon la zone géographique. Il existait ainsi la Berguenarde, la Picarde, l’Arrageoise, la Maroillaise, la Montreuilloise, la Casseloise etc


RougeFlamande9Pour toutes informations auprès de l’Union Rouge Flamande :

Maison des agriculteurs 59230 Sars-et-Rosières

 

 

 

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