Aratinga solstitialisNos perroquets de véritables casse-cous ?!


En effet, combien de fois nous ont-ils laissé perplexe, devant les petits accidents et autres blessures qu’ils ont pu s’infliger ?! Et ce, malgré nos réflexions multiples lors de la construction de leur volière, abris et autres perchoirs. C’est à se demander, parfois, s’ils ne cherchent pas à nous tester.

Ara chloropterusTrêve de plaisanteries nombre d’entre nous, se sont vu courir d’urgence chez le vétérinaire, se sont convertis en infirmier, voire en mécanicien, afin de stopper un saignement ou de dégager une patte coincée par je ne sais quelle acrobatie de l’un nos chers amis à plumes.

L’idée d’écrire ce modeste article, m’est venue, alors que j’installais en pièce de soin, mon mâle Ara Macao, après qu’il ait subi une intervention chirurgicale d’urgence.
Depuis que je vis entourée de perroquets, j’avoue avoir la chance de n’avoir eu affaire qu’à quelques petits « bobos » sans conséquence et que la blessure de cet oiseau a été de loin la plus impressionnante et la plus énigmatique pour moi.

J’ai bien eu mon petit lot, de bout de griffe cassée, de griffures suite à des chamailleries, parfois une plume de sang sectionnée, mais jamais rien de vraiment alarmant ou ingérable.

C’est en échangeant nos expériences et en partageant nos avis que nous pourrons éviter nombre d’accidents.
En effet, un élément, qui peut vous sembler totalement inoffensif, pourra rappeler un souvenir bien douloureux à un autre éleveur.

Ainsi, je souhaiterai à travers ces lignes, faire une petit récapitulatif des erreurs à éviter afin de rendre nos volières les plus sécuritaires possible.
· Ayez toujours les coordonnées d’un vétérinaire aviaire.
· Soyez prêts à la contention de vos oiseaux et à leur prodiguer les « premiers soins » en attendant de voir le vétérinaire.
· Une « cage hôpital » adaptée doit toujours être disponible.
· Ne vous fiez pas au tempérament « calme » d’un de vos oiseaux, il pourrait vous surprendre…
· Observer quotidiennement vos oiseaux, certains changements de comportement devront vous alerter pour ainsi éviter bien des complications.
· Privilégiez, dans la mesure du possible, la formation de couples avec de jeunes oiseaux, afin d’optimiser une entente harmonieuse.
· Restez vigilants quant à certains mâles qui peuvent devenir très agressifs envers leurs congénères et/ou leur femelle.
· Lors de la construction de vos installations, pensez aux éventuels prédateurs qui pourraient s’enhardir à la vue de proies « alléchantes ».
· Ne lésinez pas avec la robustesse de la section de fil des grilles de vos volières et autres abris. Vos oiseaux ont toute l’année pour s’en occuper et un fil d’acier ou d’aluminium dé-soudé se transforme en une épée bien dangereuse.

Psittacus erithacusPrenez garde à la dimension des carreaux de ladite grille. Un peu • trop grande et c’est la fuite, à peine trop petite et cela peut devenir un piège fatal.
• Si certaines de vos volières sont contiguës les unes aux autres, pensez au double grillage, suffisamment espacé, afin d’éviter les blessures ou pire, les amputations de doigts par un congénère territorial.
• Ne disposez pas de perchoirs en métal, si le temps venait à décider d’inviter des gelées soudaines, ce sont les pattes de vos perroquets qui en feraient les frais à coup sûr.
• Cela paraît évident, mais nous avons tant à faire… Contrôlez avec une grande régularité les attaches de perchoirs, la visserie, les supports des gamelles …, qui subissent quotidiennement les assauts du bec puissant de vos oiseaux au caractère tenace.
• Végétaliser leur volière est un atout considérable aussi bien pour le confort de vos plumeaux que pour l’esthétique de vos volières, tout en protégeant ces dernières des courants d’air, mais soyez plus que vigilants quant au choix des essences à planter. Au moindre doute sur leur éventuelle toxicité, portez votre choix sur une autre plante.
• Un entretien des espaces verts environnants évitera que certains parasites de nos jardins ne viennent mettre en danger la santé de vos pensionnaires ailés.
• Permettez à vos oiseaux de passer des nuits reposantes et sécurisantes : attention aux terreurs nocturnes.
• Privilégiez les occupations « naturelles », comme des branches fraîches à gruger, des pommes de pins, cachez-leur des friandises dans la volière… cela les occupera sans les mettre en danger. Si vous souhaitez en ajouter, choisissez de la corde de chanvre et surtout, changez-la dès qu’elle présente les premiers signes de « fatigue ». Un doigt ou une patte empêtré dans un fil de corde peut devenir une catastrophe.
• Évitez les jouets divers et variés, qui sont immédiatement, pour la plupart, détruits et deviennent pour le coup dangereux. Les mousquetons peuvent transpercer les becs, les clochettes peuvent devenir tranchantes et les billes pourraient être avalées.
• Et surtout !!! Ne vous pensez pas à l’abri d’un accident. Lorsqu’on s’occupe de « vivants », beaucoup de choses improbables peuvent subvenir. En l’occurrence, l’imagination de nos animaux peut-être sans limite !
• Adoptez et appliquez certains adages comme, « mieux vaut prévenir que guérir », » on ne sera jamais assez prudent », « qui peut le plus, peut le moins » vous évitera bien des déconvenues.

En somme, ne sous estimez jamais la capacité de vos perroquets à se mettre dans le pétrin.

Ara chloropterus2Avant de terminer cet article, je voudrais, si vous le voulez bien, vous expliquer ce qui est arrivé à mon ara.

Un matin du mois mars 2018, je faisais le tour des abris intérieurs afin de nourrir mes oiseaux et leur ouvrir l’accès à leur volière extérieure. Tout se déroulait comme à l’accoutumée, jusqu'à ce que j’arrive devant l’abri des aras Macao. D’ordinaire plutôt vif, bavard et tumultueux, le mâle restait en retrait sur un perchoir, l’air apathique.
Alertée par cette attitude, je me suis approchée et là, j’ai pu constater avec horreur que sa mandibule inférieure semblait remplie de sang. Vraisemblablement, la blessure était on ne peut plus récente, car le sang n’avait pas encore coagulé ou séché sur son bec. Impossible de voir s’il était blessé au bec ou à la langue. Il refusait de se laisser approcher.
Paradoxalement, il n’y avait qu’une seule goutte de sang dans l’abri, je n’ai entendu aucun cri, tout semblait parfaitement en place. J’ai donc attrapé mon oiseau et procédé à une contention afin de mieux cerner le problème. Le bout de sa langue semblait avoir été écrasé puis partiellement tranché. Impossible de stopper ou limiter les saignements avec les « moyens du bord », d’autant plus qu’il s’agissait d’une partie difficile d’accès. Je l’ai immédiatement placé en cage, seul, avant d’appeler le vétérinaire.
Je suis ensuite retournée vérifier l’abri dans lequel il s’était blessé. Rien. Pas de partie tranchante, aucun élément abimé, pas de signe de bagarre, ni de visserie ou autre matériau saillant. Bref, il a fallu le faire anesthésier, et malheureusement, l’amputer de ce morceau de langue bien trop abimé pour être reconstruit.
Il lui a été prescrit un traitement antibiotique, un anti inflammatoire, la plaie fut suturée avec des points résorbables, et en 48 heures, mon beau Bali reprenait déjà, un peu de vigueur. Mon inquiétude était de savoir s’il parviendrait à se nourrir, car, comme vous le savez, les perroquets disposent leurs aliments sur leur langue afin de les décortiquer avec leur bec. Bali se retrouvant avec une langue raccourcie, je craignais peut-être plus les conséquences d’une déshydratation et d’une incapacité à se nourrir plutôt que celles d’une infection.
Je lui ai donc confectionné des purées assez épaisses afin de lui permettre d’attraper sa nourriture et de l’avaler sans obligation de la décortiquer ou de la couper.
Les animaux ont cette aptitude et cette capacité presque hors norme à s’adapter et deux jours après son opération il vidait la totalité de sa gamelle et semblait bien apprécier ses purées. Ses bavardages ont vite repris, son regard redevint vif et il se tenait vigoureusement sur son perchoir, tout semblait aller dans le bon sens.
Je ne vous cache pas mon extrême inquiétude pour lui, comme pour sa femelle qui semblait déprimer sans son « amoureux » près d’elle.

C’est ainsi que, malgré les multiples questions et vérifications que j’ai pu entreprendre, je n’ai toujours pas compris avec certitude ce qui avait pu lui arriver.

Après discussion avec le vétérinaire, nous en avons déduit, que lors du nourrissage de sa femelle quelque chose les avaient surpris et que dans un mouvement de panique, cette dernière l’avait involontairement blessé. Il s’agit pourtant d’un couple très fusionnel, à l’entente harmonieuse.
A mon grand étonnement, la cicatrisation fut très rapide et les points de suture se sont résorbés à une vitesse incroyable. Trois semaines après l’intervention, la visite de contrôle chez le vétérinaire a confirmé son parfait état de santé.
Aujourd’hui, il s’alimente tout à fait normalement, décortiquant sans problème ses graines sèches et cassant les coquilles de noix avec une grande facilité.
Il a retrouvé sa volière quelques semaines seulement après l’intervention et les retrouvailles avec sa femelle m’ont bien prouvé à quel point ce couple est fusionnel.

Aujourd’hui, Bali se porte très bien et cette année, le couple a même vu naître quatre jeunes aras vigoureux.

Je conclurais cet article, en vous souhaitant le meilleur au sein de vos élevages, toujours vigilants et indéniablement conduits par la passion.


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Dominique Mangano
Photos de l’auteur (sauf mention contraire)

 

 

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