Coq vignetteLa domestication des coqs et des poules


Sur terre, on ne dénombre pas moins de 22 milliards de coqs, poules et poulets. Ils sont trois fois plus nombreux que l’être humain. Mais d’où viennent-ils ? Et comment sont-ils parvenu à se disséminer dans le monde entier ?

 

Coq sonneratCe sont les questions que se posent depuis longtemps les scientifiques. Petit à petit, ils arrivent à y répondre, au gré des fouilles archéologiques et des avancées des études génétiques. Mais ces réponses sont loin d’être complètes. Faisons le point sur les connaissances actuelles.
Comme tout animal domestique, le coq et la poule ont pour ancêtres les coqs et poules sauvages.

Les différents coqs sauvages

Quatre espèces de coqs sauvages ont été reconnues :
* Gallus, les coqs Dorés qui comprennent cinq sous-espèces :
- Gallus gallus (Linnaeus, 1758) : coq Doré de Cochinchine ;
- Gallus gallus spadiceus (Bonna-terre, 1791) : coq Doré de Birmanie ;
- Gallus gallus jabouillei (Delacour et Kinnear, 1928) : coq Doré du Tonkin ;
- Gallus gallus murghi (Robinson et Kloss, 1920) : coq Doré de l'Inde ;
- Gallus gallus bankiva (Temminck, 1813) : coq Doré de Java ;
  * Gallus lafayettei Lesson, 1831 : coq de La Fayette ;
  * Gallus sonnerati Temminck, 1813 : coq de Sonnerat ;
  * Gallus varius (Shaw et Nodder, 1798) : coq de Java.
Les études actuelles montrent que nos volailles domestiques sont issues principalement de Gallus gallus, en particulier de la sous-espèce spadiceus et pour une moindre part de Gallus sonnerati, tous originaires d’Asie où les premières domestications ont eu lieu.
Mais comment ont-ils migrés dans le monde ?

Le départ de la migration
Depuis leur berceau asiatique, difficile de faire l’historique de la domestication des coqs et poules. Pour y parvenir, il faut étudier les os de poulets découverts dans les sites. Couple doréCe n’est pas facile, car ces os sont peu nombreux, ayant souvent été détruits par les prédateurs et les chiens domestiqués par l’homme.
Les os de poulets de ces sites sont de taille supérieure à celle des coqs sauvages, ce qui prouve bien qu’il s’agit d’animaux domestiqués car la domestication augmente toujours la taille, les animaux étant plus sédentaires et mieux nourris.
Évidemment, les dates indiquées ci-dessous sont très approximatives : elles découlent souvent de suppositions et extrapolations. On peut imaginer que les premières domestications eurent lieu sur les habitats des coqs sauvages. Ces derniers, attirés aux abords des villages par une nourriture facile sont capturés par les habitats qui les maintiennent captifs puis les élèvent.
Et il semble que les coqs Dorés se domestiquent plus aisément que les autres espèces de coqs sauvages. Et puis, au gré des voyages, du commerce, des mouvements de population et des guerres, ces volailles se sont peu à peu répandues dans le monde entier.
D’après l’étude publiée en juillet 2020 par le journal scientifique Cell Research, la domestication des coqs et poules serait apparue en premier dans le sud-ouest de la Chine, en Thaïlande et en Birmanie (Myanmar actuellement). En ce qui concerne la date de cette domestication, « les chercheurs ont déterminé une période comprise entre 12 800 et 6 200 ans en arrière, où Gallus gallus spadiceus et l’espèce domestiquée ont divergé, tout en indiquant que le processus de domestication a pu débuter plus tôt ». L’idée prédominante – avant la publication de ce travail de recherche – était que le poulet avait été domestiqué dans le nord de la Chine et la vallée de l’Indus (Pakistan actuel), voire l’Indonésie.

MigrationLa migration
West et Zhou ont étudié 18 sites de Chine du nord et ont trouvé des restes de poulets plus grands que ceux des coqs sauvages, ce qui signifie que c’étaient des restes de poulets déjà domestiqués et ont confirmé que l’apparition de volailles domestiques remonte à plus de 6000 ans av. J-C. en Chine et dans plusieurs pays d’Asie du sud-est : ces volailles sont devenues une partie importante de la culture et du monde culinaire chinois. L’Inde a été aussi un des premiers pays à être atteinte par les volailles domestiques. En provenance de Chine, des coqs et poules ont, ensuite, été introduits au Japon. En provenance d'Extrême-Orient, ils se sont progressivement propagés au nord, à l'ouest et à l'est, et en 4000 av. J-C., ils se trouvaient à Harappa, une région agricole dans la vallée de l'Indus au Pakistan. Leur présence est attestée par deux anciennes figurines en argile, l'une d'un coq et l'autre d'une poule, de cette période.
Les historiens estiment que les coqs sauvages ont été domestiqués au moins autant pour les combats que pour ses qualités alimentaires.
La volaille domestique a migré ensuite à travers la Perse (aujourd'hui l'Iran), la Mésopotamie (approxi-mativement l’Irak actuel) : vers 2300 av. J.C. Lorsqu’elle est arrivée en Grèce, vers 700 av. J-C., les Grecs l'ont appelé « l'oiseau persan » et en ont fait un sujet de science, d'art et de littérature.
Dès le VIème siècle av. J-C, le fabuliste Esope, un esclave grec, a utilisé des histoires de coq et de poule pour transmettre sa sagesse. Socrate, Platon et Aristote, les grands philosophes, vivant aux Vème et IVème siècles av. J-C., ont également commenté le coq et la poule.
Vers 1500 av. J-C. : Crète, Phénicie, Égypte… sont atteintes par la volaille. En Égypte ancienne, on retrouve même les premières traces d’incubateurs artificiels, ces constructions composées de plusieurs fours en solide, servant à la reproduction de poussins par milliers, au IVème siècle av. J-C. Les archéologues ont trouvé une icône de poulet dans la tombe du roi Toutankhamon datant d'environ 1330 av. J-C.
À partir du foyer asiatique, l’espèce a gagné l’Europe probablement par deux voies : l’une par la Chine et la Russie et l’autre par la Perse (actuel Iran) et la Grèce. Les premières représentations de poules en Europe se trouvent sur des céramiques corinthiennes du VIème av. J-C.
Dès 500 av. J-C., les commerçants phéniciens transportaient des cargaisons de volailles lors de leurs voyages en Méditerranée. Les volailles ont également joué un rôle important dans l'Étrurie antique, le pays de l'Italie actuelle avant sa défaite par les Romains au VIème av. J-C. Au plus fort de l'Empire romain, le poulet était considéré comme sacré et apprécié pour ses qualités médicinales supposées. Les poulets ont été étudiés, examinés et écrits par de grands spécialistes tels que Columelle (1er siècle apr. J-C.), Varro (116-29 av. J-C.) et Pline l'Ancien (23-79 apr. J-C.). Plus tard, pendant la Renaissance italienne, le naturaliste Ulisse Aldrovandi (1522-1605) a beaucoup écrit sur les volailles dans son livre Historia Animalium.

Brahma SeramaEt la poule a conquis le monde entier
Sur l’île de Pâques, les poules ont été introduites par les navigateurs polynésiens vers le XIIème siècle lorsqu'ils ont traversé le Pacifique. Ces mêmes navigateurs ont introduit la poule Araucana (ou du moins son ancêtre), poule qui pond des œufs bleu-vert, sur le continent américain du Sud (XIVème siècle), bien avant l’arrivée des explorateurs européens qui, eux-mêmes, ont ensuite apporté leurs volailles. Fernand de Magellan en a trouvé à son arrivée en Amérique du Sud en 1519, tout comme le conquistador espagnol Hernando Cortes lorsqu'il a envahi le Mexique en 1520. Les conséquences de cette domestication sont nombreuses. Tout d’abord, la taille et la masse augmentent, les volailles étant plus sédentaires et ayant une alimentation plus abondante. Ensuite, des gènes présents dans les sujets sauvages apparaissent. Par exemple, les caractères « soie », frisé du plumage, courtes pattes, coloris blanc du plumage…. Ces caractères ne pouvaient pas s’exprimer dans la nature car non viables. Les poules au plumage frisé ou soyeux ne peuvent voler, les volailles au plumage blanc ou voyant sont trop visibles… seraient rapidement la proie des prédateurs. Et puis si une mutation unique apparait dans la nature, elle n’a que peu de chance de s’exprimer tandis que, dans un élevage, l’éleveur peut la sélectionner. De même pour la ponte. Certaines poules sauvages peuvent montrer une disposition à pondre plus longuement que pendant la période normale. Alors l’éleveur peut conserver ces sujets et les faire reproduire pour créer des races capables de pondre toute l’année. C’est ce que l’on appelle la sélection.
Et le nombre de races domestiques augmente au fil des siècle.


Les analyses ADN de 807 Polynésiens et Amérindiens révèlent que des métissages ont eu lieu entre ces deux peuples il y a 800 ans. (Source : Science & Vie, septembre 2020). Ce serait une preuve supplémentaire du fait que les Polynésiens ont introduit des poules en Amérique du Sud bien avant l’arrivée des colons européens.


Socrate, philosophe grec du Vème av. J-C., disait qu'il supportait les cris de ses poules avec résignation, parce qu'elles lui pondaient des œufs, de même qu'il supportait les cris de sa femme Xantippe, parce qu'elle lui donnait des enfants !


 Jean-Claude PériquetFFV
Fédération Française des Volailles
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